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Salvador, Guatemala, Mexique, EU / Clandestinos texte...

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Salvador, Guatemala, Mexique, EU / Clandestinos : Dans les années 80, les guerres civiles ravagent l’Amérique Centrale. Attisées par Washington qui voit dans les revendications populaires et les mouvements de lutte armée le spectre du communisme, elles provoquent un exode massif vers le Mexique et les Etats-Unis.
La décennie suivante est celle du retour à la paix… et des « ajustements structurels » imposés par le Fond Monétaire International et la Banque Mondiale.
Agriculture, systèmes d’éducation et de santé sont durement frappés.
La population centraméricaine, paupérisée, est confrontée à une explosion de la délinquance commune.
Et en dépit du renforcement des mesures anti-migratoires au Mexique et aux Etats-Unis, les candidats au rêve américain sont chaque jour plus nombreux à prendre le chemin du nord.

Pour les émigrants centraméricains, la clandestinité commence une fois franchi le Rio Suchiate, frontière naturelle entre le Guatemala et le Mexique.
L’émigration est un négoce fructueux dans la région.
Hôtels, compagnies de transport… A tous les coins de rue fleurissent les cabines téléphoniques d’où les migrants appellent en PCV parents, amis ou futurs employeurs installés aux E-U. Ce sont généralement ceux-ci qui se portent garants auprès des polleros (passeurs) de la solvabilité de leurs clients.
Des dizaines de radeaux, faits de chambres à air de camion sur lesquelles sont fixées des claies de bois, effectuent pour quelques pesos la traversée du Rio Suchiate sous le nez des autorités… qui monnayent leur indulgence.
A Tecun Uman, côté guatémaltèque, et à Tapachula, côté mexicain, les émigrants peuvent trouver refuge dans les Maisons de l’émigrant, tenues par des prêtres Scalabrini.

De Ciudad Hidalgo, dans l’état du Chiapas, au sud du Mexique, partent les trains de marchandise qu’empruntent chaque jour des centaines d’émigrants centraméricains qui tentent, de gagner clandestinement les Etats-Unis – ce qui vaut à ces convois le surnom de “train pollero” (passeur).
Les locomotives mugissent, signal d’un départ prochain. Seuls ou par petits groupes, des hommes, des femmes, des enfants sortent des fourrés, des abris de fortune ou des hôtels miteux où ils ont passé la nuit, se rassemblent le long des voies, grimpent dans les wagons. Certains émigrants ramassent des pierres et des bâtons pour se défendre des bandes criminelles qui s’attaquent aux clandestins.
Le train est le moyen de transport qu’empruntent les plus pauvres des émigrants clandestins, c’est aussi le plus dangereux.
Les fréquents contrôles de l’armée ou de la police contraignent parfois les migrants à sauter du train en marche, et les accidents, quelquefois mortels, sont nombreux. « Mais autant mourir ici, en essayant de s’en sortir, plutôt que de crever de faim et de honte chez nous », entend-on souvent.

Moins dangereux que le train, le bus est un moyen de transport couramment utilisé par les centraméricains traversant clandestinement le Mexique. Mais, tout le long de la route, les postes de contrôle migratoire sont nombreux et les émigrants doivent à chaque fois graisser la patte des autorités.
L’INM (Institut national de l’émigration) met en oeuvre un programme de rapatriement des centraméricains arrêtés en situation irrégulière sur le territoire mexicain.
Plus de 120 000 centraméricains ont ainsi été déportés en 2002 et, chaque jour, une quinzaine de bus à destination du Honduras, du Guatemala ou du Salvador quittent l’antenne de l’INM de Tapachula.
Ce sont parfois les mêmes bus qui, au retour, louent leurs services aux réseaux de passeurs dont les ramifications s’étendent jusqu’aux plus hautes sphères de l’administration.

Quand ils ne tentent pas d’escalader le mur qui sépare la ville de Nogales (Mexique) de celle de… Nogales (E-U), les émigrants clandestins s’aventurent dans le désert qui s'étend sur les états frontaliers du Chihuahua et de l’Arizona.
Située à 80 kilomètres de la frontière des E-U, la petite ville d’Altar (photo ci-contre) voit chaque jour débarquer des centaines d’émigrants.
Pourchassés par la Border Patrol américaine et par des milices xénophobes d'extrême droite, ceux-ci sont parfois abandonnés par leur coyote et s'égarent dans le désert. Serpents à sonnettes, journées brûlantes et nuits glaciales : depuis une dizaine d’années, plus de 2000 émigrants y ont trouvé la mort.
Côté mexicain, les agents du Groupe Beta sont chargés de porter assistance aux migrants en détresse et patrouillent le long de la frontière.

Le Salvador compte 6 millions d’habitants… et quelque deux millions d’émigrants salvadoriens résident aux E-U – dont 800 000 à Los Angeles (photo ci-dessus).
Les gouvernements centraméricains, bien qu’il s’en défendent officiellement, encouragent une émigration qui joue le rôle de soupape de sécurité face à la pression sociale et constitue la première source de devise de la région – les remesas (transferts de fonds) de la diaspora représentent 14% du PIB salvadorien.
L’économie nord américaine, de son côté, profite largement de cette main d’œuvre clandestine… d’autant plus précarisée et exploitable à merci que se durcissent les lois anti-migratoires.
En dépit des périls du voyage, les allers-retours entre les E-U et l’Amérique Centrale sont fréquents, et des liens étroits continuent d’unir les émigrants à leur communauté d’origine.

Une fois par semaine, alternativement le mercredi et le vendredi, un vol en provenance de Los Angeles ou de Houston atterrit à l'aéroport international de San Salvador.
A son bord : des salvadoriens expulsés des Etats-Unis.
Des dizaines de milliers de salvadoriens ont ainsi été déportés depuis 1996.
Dans la majorité des cas, les déportés sont coupables d'avoir émigré clandestinement aux Etats-Unis.
Oswaldo M. a été déporté à deux reprises alors qu’il venait de franchir la frontière. Endetté auprès des passeurs il n’a d’autre solution, pour s’acquitter de sa dette, que repartir (clandestinement) travailler aux E-U.
Parmi les déportés se trouvent des repris de justice. Expulsés à leur sortie de prison, ils sont parfois à nouveau détenus lors de leur arrivée au Salvador.
Fondée par d’ex-membres de gangs latinos de Los Angeles, l’association Homies Unidos vient en aide aux jeunes délinquants expulsés des E-U.

Pour en savoir plus lire : Le cimetière sans croix de la frontière sud/Philippe Revelli/Le Monde Diplomatique

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