| Philippe REVELLIphotographe |
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expositionSalvador, Guatemala, Mexique, EU / Clandestinos texte... |
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Salvador, Guatemala, Mexique, EU /
Clandestinos : Dans les années 80, les guerres civiles ravagent
l’Amérique Centrale. Attisées par Washington qui voit dans les
revendications populaires et les mouvements de lutte armée le spectre du
communisme, elles provoquent un exode massif vers le Mexique et les
Etats-Unis.
La décennie suivante est celle du retour à la paix… et des « ajustements
structurels » imposés par le Fond Monétaire International et la Banque
Mondiale.
Agriculture, systèmes d’éducation et de santé sont durement frappés.
La population centraméricaine, paupérisée, est confrontée à une explosion de
la délinquance commune.
Et en dépit du renforcement des mesures anti-migratoires au Mexique et aux
Etats-Unis, les candidats au rêve américain sont chaque jour plus nombreux à
prendre le chemin du nord.
Pour les émigrants centraméricains, la clandestinité commence
une fois franchi le Rio Suchiate, frontière naturelle entre le Guatemala et
le Mexique.
L’émigration est un négoce fructueux dans la région.
Hôtels, compagnies de transport… A tous les coins de rue fleurissent les
cabines téléphoniques d’où les migrants appellent en PCV parents, amis ou
futurs employeurs installés aux E-U. Ce sont généralement ceux-ci qui se
portent garants auprès des polleros (passeurs) de la solvabilité de leurs
clients.
Des dizaines de radeaux, faits de chambres à air de camion sur lesquelles
sont fixées des claies de bois, effectuent pour quelques pesos la traversée
du Rio Suchiate sous le nez des autorités… qui monnayent leur indulgence.
A Tecun Uman, côté guatémaltèque, et à Tapachula, côté mexicain, les
émigrants peuvent trouver refuge dans les Maisons de l’émigrant, tenues par
des prêtres Scalabrini.
De Ciudad Hidalgo, dans l’état du Chiapas, au sud du Mexique,
partent les trains de marchandise qu’empruntent chaque jour des centaines
d’émigrants centraméricains qui tentent, de gagner clandestinement les
Etats-Unis – ce qui vaut à ces convois le surnom de “train pollero”
(passeur).
Les locomotives mugissent, signal d’un départ prochain. Seuls ou par petits
groupes, des hommes, des femmes, des enfants sortent des fourrés, des abris
de fortune ou des hôtels miteux où ils ont passé la nuit, se rassemblent le
long des voies, grimpent dans les wagons. Certains émigrants ramassent des
pierres et des bâtons pour se défendre des bandes criminelles qui
s’attaquent aux clandestins.
Le train est le moyen de transport qu’empruntent les plus pauvres des
émigrants clandestins, c’est aussi le plus dangereux.
Les fréquents contrôles de l’armée ou de la police contraignent parfois les
migrants à sauter du train en marche, et les accidents, quelquefois mortels,
sont nombreux. « Mais autant mourir ici, en essayant de s’en sortir, plutôt
que de crever de faim et de honte chez nous », entend-on souvent.
Moins dangereux que le train, le bus est un moyen de transport
couramment utilisé par les centraméricains traversant clandestinement le
Mexique. Mais, tout le long de la route, les postes de contrôle migratoire
sont nombreux et les émigrants doivent à chaque fois graisser la patte des
autorités.
L’INM (Institut national de l’émigration) met en oeuvre un programme de
rapatriement des centraméricains arrêtés en situation irrégulière sur le
territoire mexicain.
Plus de 120 000 centraméricains ont ainsi été déportés en 2002 et, chaque
jour, une quinzaine de bus à destination du Honduras, du Guatemala ou du
Salvador quittent l’antenne de l’INM de Tapachula.
Ce sont parfois les mêmes bus qui, au retour, louent leurs services aux
réseaux de passeurs dont les ramifications s’étendent jusqu’aux plus hautes
sphères de l’administration.
Quand ils ne tentent pas d’escalader le mur qui sépare la
ville de Nogales (Mexique) de celle de… Nogales (E-U), les émigrants
clandestins s’aventurent dans le désert qui s'étend sur les états
frontaliers du Chihuahua et de l’Arizona.
Située à 80 kilomètres de la frontière des E-U, la petite ville d’Altar
(photo ci-contre) voit chaque jour débarquer des centaines d’émigrants.
Pourchassés par la Border Patrol américaine et par des milices xénophobes
d'extrême droite, ceux-ci sont parfois abandonnés par leur coyote et
s'égarent dans le désert. Serpents à sonnettes, journées brûlantes et nuits
glaciales : depuis une dizaine d’années, plus de 2000 émigrants y ont trouvé
la mort.
Côté mexicain, les agents du Groupe Beta sont chargés de porter assistance
aux migrants en détresse et patrouillent le long de la frontière.
Le Salvador compte 6 millions d’habitants… et quelque deux
millions d’émigrants salvadoriens résident aux E-U – dont 800 000 à Los
Angeles (photo ci-dessus).
Les gouvernements centraméricains, bien qu’il s’en défendent officiellement,
encouragent une émigration qui joue le rôle de soupape de sécurité face à la
pression sociale et constitue la première source de devise de la région –
les remesas (transferts de fonds) de la diaspora représentent 14% du PIB
salvadorien.
L’économie nord américaine, de son côté, profite largement de cette main
d’œuvre clandestine… d’autant plus précarisée et exploitable à merci que se
durcissent les lois anti-migratoires.
En dépit des périls du voyage, les allers-retours entre les E-U et
l’Amérique Centrale sont fréquents, et des liens étroits continuent d’unir
les émigrants à leur communauté d’origine.
Une fois par semaine, alternativement le mercredi et le
vendredi, un vol en provenance de Los Angeles ou de Houston atterrit à
l'aéroport international de San Salvador.
A son bord : des salvadoriens expulsés des Etats-Unis.
Des dizaines de milliers de salvadoriens ont ainsi été déportés depuis 1996.
Dans la majorité des cas, les déportés sont coupables d'avoir émigré
clandestinement aux Etats-Unis.
Oswaldo M. a été déporté à deux reprises alors qu’il venait de franchir la
frontière. Endetté auprès des passeurs il n’a d’autre solution, pour
s’acquitter de sa dette, que repartir (clandestinement) travailler aux E-U.
Parmi les déportés se trouvent des repris de justice. Expulsés à leur sortie
de prison, ils sont parfois à nouveau détenus lors de leur arrivée au
Salvador.
Fondée par d’ex-membres de gangs latinos de Los Angeles, l’association
Homies Unidos vient en aide aux jeunes délinquants expulsés des E-U.
Pour en savoir plus lire : Le cimetière sans croix de la frontière sud/Philippe Revelli/Le Monde Diplomatique