Table des matières
Tel est pris qui croyait prendre
Les vacances de Mr Cerise
Chair de poule au Cameroun
La foire aux fruits
Rififi au Cameroun
Le feu au Maquis
Pas net... cet net !
Le feu aux poudres
Jeu de piste au Cameroun
Roman-photo
Fight for life
Cerise pédale dans le Cameroun
Annexe
1 / Courrier de Lucien Cerise
Annexe 2 / Courriers de Philippe Revelli
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Yaoundé, le 26/11/2006
Salut les jeunes, c’est comment ?
Pour moi, ici, à Yaoundé, ça va… Y’a bien quelques moustiques, mais je
supporte et… Ah, excusez-moi, un client – bougez pas, je reviens… Voilà, où
en étions-nous ? … Ah oui, bon, et si je commençais par le commencement…
L’aventure débute la semaine dernière, quand je trouve sur mon ordinateur un
message d’un vieux copain de fac, perdu de vue depuis des années. Poli, le
pote en question s’enquiert d’abord de ma santé, puis me raconte qu’il vit
au Cameroun où il possède un restaurant, avant de m’avouer enfin qu’il a un
petit service à me demander : « Une affaire urgente m’oblige à m’absenter de
Yaoundé pour quelque temps… et j’ai tant entendu vanter tes talents
culinaires… Accepterais-tu de prendre la direction de l’établissement durant
mon absence ? » Un restaurant à moi ! De vrais clients, à ma merci, sur
lesquels expérimenter les sublimes recettes que je concocte depuis si
longtemps dans l’anonymat… Pensez donc ! C’était l’occasion ou jamais. J’ai
dit oui sans hésiter.
En débarquant au Cameroun, pourtant, j’ai été un peu surpris que Dieudonné –
le copain restaurateur – ait filé à l’anglaise, laissant à Maman Claudine le
soin de m’accueillir… « Bonne arrivée, Monsieur Lucien, bonne arrivée et
bienvenue au Maquis ! » Maman Claudine est, selon sa propre expression, la «
dame de confiance » du patron et je me suis vite rendu compte qu’elle
n’avait besoin de personne pour faire tourner son commerce. Faut dire qu’en
fait de restaurant, Le Maquis, c’est plutôt un bistrot, une gargote, un
boui-boui… L’établissement est situé dans l’une de ces rues que les
camerounais nomment « rue de la joie. » Presque calme durant la journée,
elle s’anime après le coucher du soleil. A la terrasse du Maquis, Maman
Claudine allume alors la télévision pour que les clients puissent suivre le
match de foot de la soirée et branche la musique à fond la caisse, comme si
elle voulait couvrir le vacarme des bistrots voisins… qui en font autant.
Une foule bariolée déborde bientôt jusque sur la chaussée. Ça sent les
brochettes, le poisson braisé et la couenne de porc grillée. Maman Claudine
s’affaire – mais pas trop – et je n’ai plus qu’à tailler la bavette avec les
habitués jusqu’à une heure avancée de la nuit… Donc, vous voyez, comme je
vous le disais au début, pour moi, ici, ça va.
A présent, laissez moi vous présenter quelques uns des personnages hauts en
couleur que j’ai croisé ces derniers jours.
Mange Mille, d’abord. C’est un flic et j’ai vite compris l’origine de son
surnom : il rackette consciencieusement les commerçants du quartier et tout
lui est prétexte pour extorquer un billet de mille francs CFA (environ un
euro cinquante) au malheureux qui croise son chemin. L’autre jour, le
Maquis, vient à peine d’ouvrir et le voila qui se pointe « Ah, Monsieur
Lucien, bonne arrivée ! Ah ! Ah ! Ah ! Je sens que nous allons bien nous
entendre. Oui, oui, j’en suis sûr, comme avec Monsieur Dieudonné… »
Là-dessus Maman Claudine intervient et entraîne Mange Mille à l’intérieur.
Il ressort quelques instants plus tard en arborant un grand sourire et me
salue – « A bientôt Monsieur Lucien, on est ensemble » – tout en glissant
quelque chose dans la poche de sa veste.
Ensuite il y a Marcel, un français qui a passé le plus clair de sa vie à
bourlinguer en Afrique. Certains l’accusent d’être un espion. Il possède
deux vieux camions qu’il loue, avec chauffeur, pour transporter n’importe
quoi vers n’importe quel coin du Cameroun. Il vient chaque midi au Maquis
pour prendre l’apéro.
L’homme au chapeau melon, lui, n’est jamais entré au Maquis. C’est un drôle
de type, très maigre, long comme un jour sans pain, toujours vêtu d’un
imperméable qui lui descend jusqu’à mi-mollets et coiffé d’un chapeau melon.
Il stationne des heures sur le trottoir d’en face et grommelle dans une
langue que je ne comprends pas. « Il dit que les esprits de la forêt se
vengeront », traduit Maman Claudine qui prétend que c’est un sorcier.
Et puis il y a Angélique ! Ah ! Angélique… Avant-hier, elle entre au Maquis…
Je me frotte les yeux pour vérifier que ce n’est pas un mirage… Mais non… Et
en plus elle parle ! « Le fameux Lucien Cerise, c’est vraiment vous ?
Roucoule-t-elle avec un sourire à damner un saint.
- Je… Lu… Lu… Ou… oui… je crois…
- Ah, je suis si contente de faire votre connaissance. »
Là-dessus, elle me prend la main, me fait asseoir à côté d’elle et me
raconte qu’elle est journaliste au Messager et pense avoir découvert un
trafic mettant en cause des gens très haut placés… « Mais chut ! » Elle
s’interrompt brusquement. « Les murs ont des oreilles. » Puis elle reprend
ma main qu’elle presse doucement entre les siennes : « J’ai besoin de votre
aide, Monsieur Cerise… J’ai besoin de ton aide, Lucien… Je peux t’appeler
Lucien ? » Elle pouvait me donner n’importe quel nom d’oiseau, j’étais
incapable de lui refuser quoi que ce soit. En partant, elle m’a embrassé sur
les deux joues. « Samedi prochain, m’a-t-elle susurré à l’oreille, mon jeune
frère joue pour la première fois avec l’équipe nationale de foot junior.
Emmène-moi au match, nous pourrons parler tranquillement. »
Voilà, je vous raconterai la suite bientôt. En attendant, on est ensemble !
Lucien Cerise
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