Figth for life
Prologue
Lucien est un vrai personnage. Il est journaliste. Sa spécialité ? La
cuisine exotique. Il a été chroniqueur à Cuisine Madame, puis il a fondé sa
propre revue : Papilles Rebelles. Il voyage beaucoup…
Un jour de septembre 2006, Dieudonné, un ancien camarade devenu patron de
bistrot au Cameroun, lui téléphone : Lucien, voudrais-tu me remplacer pour
quelques mois derrière le comptoir du Maquis, mon restaurant à Yaoundé ?
- L’occasion est trop belle ! J’accepte avec grand plaisir, mon ami ! Le
temps de régler quelques affaires et je te rejoins.
Au mois de novembre, Lucien Cerise, tout content, part pour le Cameroun. La
première carte postale qu’il envoie à son auteur, Philippe Revelli, est
enthousiaste : « Salut Philippe, je suis bien arrivé à Yaoundé et c’est
formidable ! Je vais pouvoir mettre en pratique toutes mes recettes ! »
Pourtant, un beau matin, Philippe reçoit un message de Lucien. Son
personnage lui demande de venir le rejoindre d’urgence. Dieudonné a disparu
et personne ne sait où il est.
Un auteur digne de ce nom n'abandonne jamais son héros en détresse, et
Philippe décide de s'envoler à son tour pour le Cameroun.
Dans quel guêpier Lucien s’est-il encore fourré ?
Chapitre premier
Dieudonné resta tard au Maquis ce soir-là. Il y avait eu un monde fou et il
avait dû nettoyer, ranger… et faire la caisse, ce qui avait encore pris du
temps car la recette était importante.
Vers quatre heures du matin, alors que le restaurant était fermé, deux
hommes entrèrent. Il eut un sursaut de panique et cria :
- Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
- On vient de la part de Cent Tonnes. Ça te dit quelque chose ?
Dieudonné saisit un verre et le jeta violemment en direction des deux
malfaiteurs. L’un d’eux cria à son tour :
- Tu vas le regretter Dieudonné !
Les deux hommes étaient des grands très musclés, mais Dieudonné n’était pas
décidé à se laisser faire. Il tenta d’abord de s’enfuir par la porte de
devant mais le premier lui barra la route. Il repartit en courant vers le
fond du restaurant. C’est alors que l’autre sortit un neuf millimètres et
lui tira une balle dans l’épaule gauche. Dieudonné s’effondra près du bar.
Il prit encore un coup sur la tête et perdit connaissance. Les deux hommes
l’attrapèrent, lui attachèrent les mains dans le dos, lui bandèrent les
yeux, lui scotchèrent la bouche et le mirent dans une voiture garée tout
près dans la petite ruelle sombre.
Le chemin pour arriver jusqu’à l’endroit ne lui parut pas très long. Il
avait été mis sur la banquette arrière et quand il ouvrit un œil, il
reconnut des bâtiments situés un peu à l’extérieur de la ville. Il vit aussi
des hommes armés. La voiture s’arrêta. On l’amena jusque dans une grande
villa puis arrivé dans une pièce, on l’assit sur une chaise. Bien sûr il
était toujours attaché. On le fit attendre. Au bout d’un moment, un énorme
type apparut, et grand en plus. C’était une vraie montagne.
- Que sais-tu sur ce trafic ?
- Quel trafic ?
- Ne te fous pas de moi. Parle !
- Je ne comprends rien je vous le jure !
L’énorme type s’approcha de Dieudonné, sortit un couteau, et froidement, il
lui mit un coup qui le tua.
Chapitre 2
Samedi soir.
Lucien Cerise n’est à Yaoundé que depuis quelques jours et il connaît déjà
tout le monde au Maquis…
Bien sûr il y a Maman Claudine, la mama africaine. C’est elle qui est la
patronne « par intérim » du restaurant, puisque Dieudonné demeure
introuvable… Et puis il y a tous les clients, les habitués. Le midi, on voit
venir Marcel pour l’apéro. Il est transporteur. C’est un français présent en
Afrique depuis des années avec ses deux camions. On voit également
Angélique, une jeune journaliste au Messager, tellement belle qu’on a du mal
à y croire. Lucien a tout de suite sympathisé avec elle. Il croise aussi «
l’homme au chapeau », c’est comme ça qu’on l’appelle ici, un homme portant
un chapeau melon qui ne rentre jamais dans le restaurant, et qui attend des
heures entières sur le trottoir d’en face…
Angélique avait parlé à Lucien de son jeune frère Aboubakar qui était
footballeur, un excellent footballeur même : il faisait partie de la
sélection junior du Cameroun. Justement, le premier samedi après l’arrivée
de Lucien, il devait jouer un match capital au grand stade omnisport Amadou
Ahidjo de Yaoundé. Ils décidèrent d’y aller ensemble.
Si l’équipe gagne ce soir, le Cameroun sera qualifié pour la finale ! Mais
ce ne sera pas facile car l’équipe adverse est la France…
Il est presque 20 heures. Les joueurs, très concentrés, attendent encore
dans les vestiaires. Dans le camp du Cameroun, les sorciers récitent des
formules magiques et envoient des ondes positives au bout des crampons. Puis
les joueurs arrivent et s’alignent sur la pelouse. On entend La Marseillaise
puis l’hymne camerounais. Chacun chante « O Cameroun de nos ancêtres » la
main sur le cœur. Du côté ouest des tribunes, les supporters agitent leurs
drapeaux et scandent le prénom d’Aboubakar. Les marabouts sont là aussi. On
entend les tam-tams. Le stade est en folie ! En bas, la police repousse
d’autres supporters pour assurer la sécurité des joueurs. Aboubakar est
titularisé au poste de numéro 9. Le sélectionneur camerounais donne ses
dernières consignes. Angélique et Lucien sont au meilleur endroit, juste
devant la ligne du milieu de terrain, derrière le banc de remplaçants
camerounais.
- Regarde mon frère, dit Angélique pendant qu’on entend les hymnes (la
Marseillaise puis celui du Cameroun), c’est celui qui a la main sur son
cœur. J’en ai des frissons !
- Oui, mais ça va être dur de battre la France. Ils sont expérimentés et ils
ont des joueurs de talent !
- T’inquiète pas, mon frère est un petit prodige ! Le prodige venu du chaud
!
Un, deux, trois, le coup d’envoi est donné ! C’est parti ! Le début du match
est très tendu, puis à un moment, Aboubakar passe au numéro 10 qui perce la
défense française et lui repasse la balle en profondeur. Aboubakar récupère,
feinte le dernier défenseur, frappe en pleine lucarne et « But » ! But
extraordinaire ! Le stade est en feu ! Un à zéro pour le Cameroun. C’est le
score à la mi-temps. Les deux amis quittent leurs places un moment et vont
chercher une frite…
Dans la deuxième mi-temps, le sélectionneur camerounais a renforcé la
défense, la France attaque. Un joueur frappe au but, le gardien camerounais
claque le ballon en corner. Mais sur le corner qui suit, un énorme coup de
tête bat le gardien à bout portant. C’est le silence dans le stade. Bientôt
l’arbitre siffle la fin du temps réglementaire. On commence les
prolongations. Les jambes sont lourdes, et aucune des équipes n’arrive à
faire la différence. Puis on en vient aux tirs au but. L’attente est
interminable. A quatre à trois pour le Cameroun le gardien camerounais
repousse un tir français d’une superbe claquette. Vient alors le tour
d’Aboubakar. S’il marque, il qualifie son équipe. Il s’élance… il tire… et
marque ! Le stade explose ! On ne s’entend plus. Angélique et Lucien crient
aussi : « Oui, oui, oui ! Il l’a fait ! Allez, on va tous au Maquis pour
fêter ça ! »
A la sortie du stade, ils décident de prendre un taxi. Le rendez-vous au
Maquis est à 23 heures. Juste le temps de repasser à l’appart’ pour se
changer… Une demi-heure plus tard, ça y est, ils sont prêts. Lucien s’est
mis sur son trente et un, et pour plaire à Angélique, il a mis un peu de
parfum.
Ils arrivent enfin. Le Maquis est plein à craquer et les tables ont été
réservées un mois à l’avance. Il y a une longue file d’attente sur le
trottoir. Maman Claudine a même dû payer un vigile pour assurer l’ordre.
Tout le monde est venu pour acclamer le grand Aboubakar, qui a été l’homme
du match. Le petit groupe arrive. Maman Claudine est là pour les accueillir…
Elle offre à tout le monde le cocktail gingembre « maison » (jus de
gingembre, lait, sucre et citron vert). Au menu il y aura pour commencer, la
« dorade rose aux palmiers » (dorade de l’Atlantique, cœurs de palmiers,
huile de palme, zestes de citron). Pour le plat principal, tout le monde le
sait déjà, Maman Claudine nous réserve son fameux « poulet aux bananes
vertes » (poulet, bananes plantain vertes, œufs, bouquet garni, le tout
arrosé de bière camerounaise…). Enfin en dessert, il est prévu un énorme
gâteau en forme de terrain de football. Une table aux couleurs du Cameroun a
été réservée pour les trois amis. Dès le début, un rythme de djembé les
pousse à aller danser… jusqu’à ce qu’on entende la petite clochette de Maman
Claudine pour dire qu’il est l’heure de passer à table. Le dîner se déroule
dans la joie et la bonne humeur, on parle de tout et de rien, mais surtout
du délicieux poulet de maman Claudine. Tout le monde la félicite. Après le
dessert qui a rempli tous les estomacs, tout le monde se lâche ! On pousse
les tables. Un homme muni d’un djembé se met au milieu de la salle. Il
commence à jouer. Un cercle se forme autour de lui et on tourne en poussant
des cris, en sautant. Même Maman Claudine pose son tablier et danse. On en
profite jusqu’au bout de la nuit !
Chapitre 3
Après une nuit passée au Maquis à faire la fête, ils avaient passé la
journée à dormir. Mais le soir, Angélique avait demandé à Lucien de venir la
rejoindre dans un hôtel du quartier chic de Banango. Elle avait réservé une
chambre. C’était le meilleur endroit pour parler sans risque, car elle avait
des choses importantes à lui dire. Il était 22 heures, la nuit commençait à
tomber et il pleuvait à verse. Lucien arriva en courant à l’hôtel et monta
jusqu’à la chambre. Il frappa à la porte. Elle lui ouvrit tout de suite.
- Lucien ! Tu es trempé !
- Oui, il tombe des cordes ce soir…
- Entre, je t’apporte une serviette pour te sécher.
- Oh, mais tu as fait commander un dîner !
- Oui, si tu n’as pas déjà dîné…
- Non, au contraire, tu as très bien fait. C’est mieux de discuter quand on
a l’estomac plein.
- Tu sais, j’ai peur depuis qu’on a cambriolé mon appartement, j’ai peur d’y
retourner. C’est vrai qu’ici c’est un peu cher, mais je me sens en sécurité.
- Angélique, dis-moi ce qui se passe exactement.
- Eh bien, les cambrioleurs qui sont venus chez moi cherchaient quelque
chose de précis, et ils l’ont trouvé.
- Quoi ?
- Un dossier d’enquête contenant des informations « top secret »…
- Raconte !
- Un trafic international de poulets contaminés par la grippe aviaire en
provenance d’Asie…
- Oui, ça n’est pas rien…
- Ça fait déjà plusieurs semaines que j’enquête sur ce trafic. J’ai encore
du mal à y croire mais tous mes contacts me disent la même chose : un bateau
chargé de poulets contaminés en provenance de Bangkok a accosté à Douala au
mois d’octobre. Et il paraît qu’il est au port en ce moment. C’est le «
Fight For Life », un navire énorme. Et en le voyant, on ne se douterait
vraiment pas qu’il contient des poulets contaminés. Les poulets sont mis par
cinq dans des cartons percés. Une de mes amies journaliste en Thaïlande me
téléphone toutes les semaines. Elle a des preuves. Moi j’avais récupéré des
documents, j’avais fait des photos du bateau, mais tout était dans le
dossier qu’on m’a volé. Désolée…
- C’est une affaire très grave… Mais ne t’inquiète pas. Je suis là et je
veux t’aider. Tu sais qui est à la tête de tout ça ?
- On n’a pas encore réussi à le savoir.
- On le découvrira. Mais il faut faire vite. Des gens vont mourir. Tu sais
où tous ces poulets sont envoyés ?
- Il y a au moins un transporteur, une espèce d’homme de main, qui a fait
des allers-retours de Douala à Yaoundé, et peut-être aussi vers Bertoua,
dans le sud du pays. On ne sait pas son nom, mais on sait qu’il livre là-bas
à un certain Nola qui alimente la ville à son tour. De là d’autres poulets
sont envoyés jusqu’à Adamaoua au nord chez un autre commerçant qui s’appelle
Ndélé.
- Ça fait beaucoup de pistes à suivre ! Le mieux c’est sûrement de retourner
à Douala. C’est par là que tout commence.
- Mais attends deux minutes, je suis en train de penser à quelque chose de
terrible…
- Quoi ?
- Au Maquis… on sert du poulet ! Et s’il était contaminé… Si les poulets
qu’on cuisine étaient contaminés ! On est peut-être déjà tous malades !
- Non, arrête, c’est impossible. Tu sais que Maman Claudine a des
fournisseurs très sérieux. Et d’abord Marcel. Ça fait des années qu’il
travaille pour le Maquis. C’est vraiment quelqu’un sur qui on peut compter.
Il a une réputation et il a toujours livré les meilleurs poulets de Yaoundé.
- Oui tu as raison. Mais il n’est pas le seul à travailler pour le
restaurant. Et en cuisine, il y a du monde qui travaille, et dans les
serveurs, est-ce que tout le monde est aussi sérieux que ça… J’ai des doutes
sur certains… par exemple Midgère. Il a fait de la prison. Il a des airs
suspects, il n’est pas comme les autres. En tout cas, je ne crois pas qu’il
soit un homme de confiance.
- Oui, tu as sûrement raison. Pour en être certain, il faudrait le
surveiller, faire des recherches. On ne sait pas vraiment qui il est et d’où
il vient…
- Il aurait un rapport avec la disparition de Dieudonné ?
- Je ne sais pas, mais la dernière fois que j’ai vu Dieudonné, il était en
train de discuter avec lui. Ce n’est peut-être pas un hasard…
Chapitre 4
Ce matin-là, il est nerveux. Il a demandé à ses deux employés de l’aider à
charger le camion, mais cela fait déjà trois heures qu’ils attendent, et le
camion n’arrive pas. Ils ont trois cents poulets vivants à livrer dans
plusieurs restaurants de la capitale. Ne supportant plus d’attendre, il
décide alors de charger une carriole à bras. Bien sûr ils mettront plus de
temps pour traverser la ville et il faudra faire plusieurs allers-retours,
mais au moins la marchandise sera à l’abri. Cinq minutes plus tard, la
carriole croule sous le poids des cartons de poulets. Elle est tellement
chargée qu’il est même difficile de la diriger. Il (Marcel) fait signe à son
employé de partir quand même, mais cinquante mètres plus loin, tout tombe
sur la route. Des cartons s’ouvrent et des poulets commencent à s’échapper.
Manque de chance, la police ne se trouvait pas très loin de là …
Trois policiers arrivent et demandent aux deux employés de présenter leurs
papiers et d’ouvrir les cartons. Rien n’est en règle, les deux employés le
savent bien. L’un d’eux, pris de panique, prend la fuite. Il part en courant
à toute vitesse. Un policier le poursuit. Mais le fuyard connaît bien le
quartier, des ruelles étroites, sombres, dangereuses… et il n’a aucun mal à
semer le policier…
Lui arrive. Il ne peut pas laisser tomber son gars. Il essaie de discuter,
de négocier avec la police mais ça ne marche pas. La police les embarque
tous les deux et la marchandise avec. Au poste, un policier l’interroge
immédiatement :
- D’où viennent les poulets ?
- D’une ferme de Douala.
- Précise un peu : de quelle ferme s’agit-il ?
- Je ne sais pas le nom. Moi je suis seulement transporteur. Je devais aller
charger, et revenir ici.
- C’est impossible que tu ne te rappelles pas de l’endroit !
- En fait c’était le soir… On y voyait mal, ce n’était pas éclairé…
- Ecoute, on va y aller ensemble et tu vas nous montrer le chemin.
- Mais je vous dis que je ne sais plus où c’est !
- Bon, je vois. Tu ne veux pas parler. Tant pis pour toi. Je vais te garder
ici en attendant un jugement.
Dans la soirée, de l’autre côté de la ville, le plan est déjà mis au point :
on doit absolument les faire évader… On pense qu’ils ne parleront pas mais
si les flics réussissent quand même à les faire parler, tout est foutu. Ils
sont douze, bien armés et cagoulés. Ils ont des fusils à pompe, des
grenades, un bazooka, des neuf millimètres, un magnum. Quand ils seront
devant le commissariat, ils vont faire un carnage.
A une heure du matin, ils arrivent devant le commissariat. Ils ont deux
grosses camionnettes, vitres teintées. Très vite, ils descendent, encerclent
le commissariat et passent à l’attaque. Les policiers tirent, blessent un
des leurs, mais ils parviennent quand même à entrer et libèrent les deux
prisonniers. Le coup a réussi…
Chapitre 5
D’une certaine façon, Philippe Revelli est un peu le « père » de Lucien. On
pourrait dire aussi son grand frère ou son meilleur ami. Et quand Lucien lui
a demandé de l’aide au mois de novembre, Philippe n’a pas hésité à partir à
son secours. Mais Lucien n’est pas tendre avec Philippe. Il lui laisse faire
tous les sales boulots…
Alors qu’il était encore à Douala, Philippe reçut un coup de téléphone de
Lucien :
- Salut Philippe ! Ecoute, il s’est passé des choses graves : j’ai appris
hier que des transporteurs de poulets avaient été arrêtés par la police à
Yaoundé, et que leurs complices avaient ensuite pris d’assaut le
commissariat pour les libérer. Je n’en sais pas plus. Apparemment ce serait
lié à la marchandise qu’ils transportaient. La police n’a rien voulu nous
dire quand on les a appelés. Angélique et moi nous sommes sur la piste d’un
trafic de poulets contaminés par la grippe aviaire qui arriverait par bateau
à Douala. Les deux affaires sont sûrement liées. On doit se rendre au port
le plus vite possible. J’ai une autre piste dans un abattoir en rénovation
un peu à l’extérieur de la ville. Euh… tu pourrais aller y jeter un œil ?
- Pas de problème. Explique-moi où c’est…
- C’est pas compliqué. D’abord tu remontes le grand boulevard en direction
du nord. Là tu verras un grand panneau publicitaire et juste derrière un
grand bâtiment entouré d’échafaudages. Tu entres et tu cherches. Il y aura
peut-être des indices…
Philippe se rendit à l’endroit que lui a indiqué Lucien, un vieil abattoir.
Il entra. Il y faisait vraiment très sombre alors il sortit sa lampe torche.
Tout de suite il sentit une odeur affreuse, nauséabonde, mais comme il ne
reculait jamais devant rien, il continua. Il vit une porte entr’ouverte et
il entra. Son visage commençait à lui gratter. Il entendit des
bourdonnements. Soudain il trébucha et tomba. En se relevant et en ramassant
sa lampe, il découvrit… une pièce remplie de cadavres de volailles pleines
de sang et déjà en décomposition ! Les mouches et les moustiques étaient
partout et lui tournaient autour. C’était horrible. Il mit sa main devant sa
bouche mais l’odeur atroce le fit vomir. Il fallait sortir de là ! Mais
avant, il eut quand même le courage de prendre une photo, et de ramasser du
sang avec son mouchoir. Puis il sortit à tout vitesse. Ouf ! De l’air… Il
rentra à son hôtel et téléphona tout de suite à Lucien :
- Allô ? Oui, écoute, j’ai trouvé beaucoup de volaille morte à l’abattoir,
toute éventrée et toute en train de pourrir. C’était atroce mais j’ai pris
une photo et j’ai prélevé un échantillon de sang. Il faudra regarder ça au
microscope et faire les tests nécessaires pour savoir si c’est contaminé ou
pas.
- Super ! De notre côté on continue, mais on n’a encore rien trouvé.
(Mensonge de Lucien). Bon, tu ne peux pas en rester là. Il faut continuer.
On m’a parlé d’une entreprise qui vend des poulets tout préparés et de la
nourriture pour poulets. La marchandise est stockée dans un entrepôt dans le
quartier de Melen…
- Oui mais je commence à en avoir assez de faire le sale boulot à ta place !
C’est déjà la deuxième fois, et j’ai failli mourir. Sans compter que je
pourrais attraper la grippe aviaire !
- Moi aussi j’ai du boulot Philippe !
- Ouais. Allez, dis-moi quand même où est ton entrepôt.
- Bon, tu partiras du centre ville. Tu verras un magasin qui s’appelle
L’Idilité. Tout près il y a un parking et derrière, une « voyette » que tu
remonteras jusqu’à un poteau rose. Là tu prendras la première à gauche et tu
seras devant l’entrepôt.
Philippe suivit les indications et arriva à l’endroit…
En fouillant une pièce, il trouva des dossiers, des bons de commandes, des
adresses de fournisseurs. Il mit dans son sac quelques documents. Un plan de
stockage de l’entrepôt était accroché au mur. Il put voir où étaient stockés
l’aliment pour poulets, les poulets préparés. Mais il n’eut pas le temps
d’aller plus loin : deux hommes bien costauds entrèrent dans le bureau. Pas
d’autre issue qu’une porte-fenêtre. Il prit son courage à deux mains et «
boum ! », il défonça la vitre et se retrouva dehors. Son visage n’avait rien
(il s’était protégé avec son bras) mais il était coupé au bras. Pas de temps
à perdre, il partit en courant. Les deux hommes ne suivirent pas. Revenu
dans un endroit sûr, il appela Lucien. Son bras droit était en sang.
- Lucien ? J’ai eu un gros problème à Melen, et je suis blessé.
- C’est grave ?
- Pas vraiment, mais quand même !
- Non, parce que là je n’ai pas beaucoup le temps de m’occuper de toi. J’ai
d’autres choses importantes à faire.
- Ouais, ouais, des choses importantes à faire. Et si je meurs, c’est
important ça ?
- Mais non ! Tu sais que tu es comme un frère pour moi. Alors ne dis pas de
bêtises !
- Dis, tu pourrais aller voir le pasteur Isaïas, il sait peut-être quelque
chose… Il est à l’église de Saint Baptiste tout près de la forêt de
Ngolambélé.
- Bon, allez, j’y vais.
Philippe arriva sur les lieux, reconnut l’église. Il alla jusqu’à la porte.
Elle était entr’ouverte. Il frappa. Deux coups de feux le firent sursauter,
et des bruits derrière vers l’extérieur, puis plus rien. Il n’osait plus
bouger. Au bout d’un moment, il entra quand même pour voir, et là, il
aperçut le pasteur Isaïas sur le sol, en sang, et un crucifix planté dans le
ventre. Il s’approcha, le pasteur bougeait encore. Il lui dit : « Les hommes
de main du Général E… »
Et il mourut. Philippe était paniqué. Il ressortit à toute vitesse et là, «
boum ! », il reçut un coup violent sur la tête et s’écroula à son tour.
Lorsqu’il se réveilla, il était attaché à un arbre et bâillonné. Sa tête lui
faisait mal mais il réussit à défaire ses liens. Il crut qu’il avait enfin
retrouvé la liberté, mais il vit arriver la police. Pas de chance, on
l’accusa du meurtre parce que les empreintes retrouvées sur le crucifix
étaient les siennes ! Il était maintenant bouclé au poste de police de
Douala, et il était très énervé, contre les policiers, mais surtout contre
Lucien qui l’avait envoyé dans cette galère…
Lucien apprit vite la nouvelle. Il alla au poste et paya une forte caution
pour que Philippe puisse sortir. Jusqu’au moment de sortir il n’avait rien
dit, mais dès qu’il fut libéré et en face de Lucien, il explosa :
- Qu’est-ce que c’est que ces pistes que tu me fais suivre ? Tout le sale
boulot, je dirais même le boulot de merde, c’est pour moi ! J’en ai plus que
marre ! C’est plus possible de travailler avec toi !
- Dans sa colère, Philippe envoya à Lucien une bonne claque en pleine
figure. Lucien tomba par terre.
- Philippe, calme-toi, j’ai trouvé quelque chose…
- Je m’en fiche ! Débrouille-toi maintenant !
- Philippe, tu es mon ami, tu le sais, on a déjà vécu plein d’aventures
ensemble.
- Non ! Je ne veux plus t’écouter. C’est trop facile ! je me sens trahi. Je
claque la porte. Je repars en France d’ici quelques jours.
Chapitre 6
C’est la fin de la matinée. Lucien et Angélique ont décidé d’aller à Douala
pour mener leur enquête.
Ils se rendirent tout de suite sur le port. De nombreux bateaux étaient
accostés mais un en particulier attira leur attention : il venait
directement de Thaïlande. Des marins commençaient à décharger des cartons.
Ils voulurent s’approcher un peu, mais des hommes très musclés assuraient la
surveillance du bateau et leur barraient la route. Comment faire pour en
savoir plus sans se faire remarquer ?
Ils tentèrent une approche en se faisant passer pour des clients… C’est
Lucien qui parla le premier :
- Bonjour ! Nous avons entendu dire que le bateau transportait des poulets…
- Et alors ?
- Comme ma femme et moi nous faisons les marchés, nous aurions bien aimé
savoir si vous en vendiez… Vous les taxez combien ceux-là ?
- Qui vous a dit qu’on vendait des poulets ? Et d’abord vous êtes sur quel
marché ?
- Sur celui de la place du comptoir colonial.
- Il n’y a pas de marché là-bas.
- Oui mais c’est un tout petit marché, pas très connu…
- On ne vous a jamais vu.
- C’est normal, on est un jeune couple. Ça ne fait pas très longtemps qu’on
est là, et c’est pour ça qu’on cherche des fournisseurs…
- Bon. Montez sur le bateau.
Soudain, deux hommes les attrapèrent. Ils n’eurent même pas le temps de
s’enfuir. Lucien reçut un violent coup de poing en pleine figure. Angélique
fut attrapée par les bras et par les jambes.
Un peu plus tard, il se réveilla enfermé dans une pièce sombre et humide. Il
était seul. Impossible de sortir. Mais par chance, il réussit à entendre les
conversations des mafieux qui sans s’en rendre compte, lui donnèrent de
précieuses informations. Il entendit parler de poulets… de restaurants… à
Douala… à Yaoundé… de mafia camerounaise… Angélique ne s’était pas trompée.
Seulement il ne savait pas où elle était enfermée…
De l’autre côté du bateau, Angélique simula une crise d’asthme. Elle s’était
dit que c’était la meilleure façon pour retrouver Lucien et pour s’enfuir.
Elle commença à pousser des cris. Les mafieux arrivèrent.
- Qu’est-ce qui se passe ici ?
- Je ne me sens pas bien du tout, il faut appeler Lucien !
- Qu’est-ce que vous avez ?
- J’ai une crise d’asthme et c’est Lucien qui a ma bombe ! Vite !
Les mafieux étaient paniqués. Ils allèrent chercher Lucien. Lucien arriva
quelques instants plus tard. Il vit Angélique couchée par terre et il se
précipita près d’elle. Elle lui dit à l’oreille : « Je fais semblant, c’est
pour nous échapper ». D’un seul coup, Lucien et Angélique se relevèrent et
bousculèrent les deux mafieux. L’un d’eux fit tomber son pistolet et Lucien
s’en empara. Il leur dit : « Ne bougez pas, sinon je tire ! »
Et il sortit en courant avec Angélique. Ils traversèrent le bateau et
descendirent en courant comme des fous. Arrivés sur le quai, un jeune en
scooter passait. Lucien se précipita en plein milieu de la route, les bras
levés et il cria : « Arrêtez-vous ! ». Le jeune freina, tomba du scooter.
Ils le récupérèrent et partirent à toute vitesse pour se réfugier chez Maman
Claudine.
Ils croyaient être enfin tranquilles, mais Angélique reçut un appel de
l’hôpital. Il fallait qu’elle retourne d’urgence à Yaoundé. Aboubakar était
tombé malade. Lucien devait rester encore un peu à Douala. Maman Claudine
aussi avait une chose grave à lui apprendre…
Chapitre 7
Mission : le dossier d’Abou.
Angélique avait laissé Lucien pour se rendre à Yaoundé. Grâce au scooter
qu’elle et Lucien avaient volé, elle était allée jusqu’à Edéa. De là, elle
avait pris un taxi et avait dit au chauffeur :
- Amenez-moi le plus vite possible à Yaoundé, et si vous êtes très rapide,
je vous donnerai le double d’argent ! Le chauffeur de taxi avait roulé comme
un fou, doublé à droite, pris des voies à contre sens, grillé tous les feux
rouges. Elle avait bien cru mourir plusieurs fois.
Arrivée devant l’hôpital, elle avait un mauvais pressentiment, et pensait
déjà au pire…
Elle rencontra un médecin en blouse blanche qui dit s’appeler monsieur
Rafiki. Il était grand, mince, il portait des lunettes qui cachaient un
regard fuyant. Il n’était pas clair…
- Mademoiselle… rassurez-vous, il n’y a rien de grave, enfin…je ne peux rien
vous dire pour le moment, mais il n’y a rien de grave.
- Je peux le voir tout de même ?
- Ce n’est pas possible tout de suite.
- Alors ça doit être grave !
- Non, Mademoiselle, il n’y a rien de grave.
- Mais pourquoi est-il encore à l’hôpital ?
- Je viens de vous le dire, on ne peut pas encore se prononcer de façon
définitive, mais ce n’est pas grave. Maintenant je dois vous laisser, j’ai à
faire…
Angélique était morte d’inquiétude, les explications du médecin ne l’avaient
pas du tout rassurée. Il fallait absolument en savoir plus sur la maladie
d’Aboubakar, et elle ne voyait qu’un moyen rapide et efficace : c’était de
s’infiltrer discrètement dans les bureaux pour consulter les dossiers des
malades. Mais il valait mieux attendre la nuit. Elle décida de se planter
dans un café jusqu’à onze heures du soir avant de revenir…
L’hôpital de Yaoundé avait la forme d’un immense bloc carré, et à
l’intérieur c’était un vrai labyrinthe. Angélique entra. Personne à
l’accueil. Elle prit un couloir et ouvrit une porte au hasard. Dans une
petite pièce, elle trouva une blouse blanche et un bonnet qu’elle enfila
rapidement. Elle ressortit et alla jusqu’aux bureaux pour consulter le
dossier de son frère. Mais une aide-soignante la remarqua. Elle lui dit :
- Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?
- Euh… je m’appelle Leila, je suis une stagiaire.
- Que cherchez-vous ? A cette heure-ci, il n’y a plus de stagiaire.
- En fait c’est le docteur Rafiki qui m’a demandé de rester…
L’aide-soignante la laissa passer. Angélique alla vers les bureaux. Il
fallait en finir au plus vite. Sa conversation avec l’aide-soignante ne la
rassurait pas. Elle passa dans les couloirs mais elle tournait en rond, et
bientôt, elle se retrouva au même point. Par chance, elle vit un plan.
C’était au huitième étage. Elle prit l’ascenseur et monta au huitième. Là
elle trouva le tableau du plan de l’étage. Elle était arrivée. Elle entra
dans un bureau, ouvrit une vingtaine de tiroirs et enfin, elle pu lire le
dossier médical de son frère…
Elle l’ouvrit. Cela faisait longtemps qu’elle attendait ce moment. Elle
était impatiente et en même temps elle avait peur de ce qu’elle allait lire.
Tous les examens médicaux et tous les résultats y étaient inscrits. Mais le
risque de se faire surprendre était trop grand. Elle sortit du bureau, et
arriva dans le couloir. Seulement elle ne se souvenait plus si elle était
venue de la gauche ou de la droite… Alors elle partit au hasard. Elle
arpentait les couloirs de l’hôpital en se répétant : « il faut que tu
trouves la sortie, il faut que tu trouves la sortie si tu ne veux pas avoir
des ennuis ». Elle avait encore plus peur de se faire arrêter avec le
dossier médical. Soudain, elle aperçut le docteur Rafiki qui la reconnut
tout de suite. Il cria :
- Na wéti ? Qu’est-ce que vous faites là ?
Immédiatement elle fit demi-tour et se mit à courir. Mais le docteur se mit
à courir aussi pour la rattraper. Elle prit les escaliers, il la poursuivait
toujours. Il cria encore :
- Arrête ! Je sais qui tu es ! Je vais te charger ! Ça gâte pour toi !
Heureusement elle trouva la sortie. Dans la rue elle bouscula tout le monde
en criant : « passe-moi, passe-moi ! ». Visiblement Rafiki avait abandonné
la poursuite. Elle retourna jusqu’à sa chambre d’hôtel pour lire enfin le
dossier. « Symptômes du patient à son arrivée à l’hôpital : forte fièvre,
diarrhée, vomissements, douleurs abdominales, saignement du nez et des
gencives, problèmes respiratoires… Après analyses approfondies, le
diagnostic de grippe aviaire est confirmé. Patient à traiter le plus vite
possible. Prescription de Tamiflu… ». Angélique était sous le choc.
Chapitre 8
C’est donc la grippe aviaire. Et à coup sûr c’est au Maquis qu’il a mangé le
poulet contaminé. Les médecins n’ont pas voulu le lui dire, mais elle l’a su
quand même. Il faut absolument lui sauver la vie. Lucien lui a conseillé de
l’envoyer en Europe pour le faire soigner. Mais pour ça il faut de l’argent,
beaucoup d’argent, pour le voyage et les soins. Comment faire ?
Le lendemain de sa première visite à l’hôpital, les médecins acceptèrent
enfin qu’Angélique voie son frère. Elle entra dans sa chambre.
- Ah ! C’est toi. Alors ? Est-ce qu’on va enfin me dire ce que j’ai ?
- Je vais te dire la vérité, Aboubakar. Tu es très malade. Ce n’est pas
qu’une simple grippe, c’est la grippe aviaire…
- Quoi ??
- Tu as le virus de la grippe aviaire.
- Ça veut dire que je peux mourir ?
- Pas forcément, mais il y a des risques…
- Les risques sont maximums ou minimums ?
- Je ne sais pas. Le docteur n’a pas voulu parler, mais j’ai pu lire en
cachette ton dossier médical.
Elle se mit à pleurer. Lui se mit à pleurer aussi.
- Ecoute Angélique, ne pleure pas, je suis sûr qu’on peut trouver une
solution. Je connais du monde dans le milieu du football. Il y a des
dirigeants bourrés de fric qui peuvent nous aider… Je peux demander une
avance sur salaire à mon entraîneur. Il ne pourra pas me la refuser.
- Et si ça ne marche pas ?
- Pourquoi voudrais-tu que ça ne marche pas ?
- Mais parce que ta carrière est peut-être déjà finie avec cette maladie !
Aboubakar recommença à pleurer.
Dire qu’il y a une semaine j’étais au sommet…
- Tu sais, je peux vendre la maison que papa et maman nous ont laissée. Elle
est grande, elle a six chambres, on pourrait en tirer un bon prix…, tous mes
meubles, les bijoux que Maman m’a donnés…
- ça ne suffira jamais ! Et puis où est-ce que tu iras vivre si tu n’as plus
de maison ?
- On peut vendre les meubles, les bijoux de grand-mère, je les ai encore,
ils ont beaucoup de valeur tu sais… Et maman a laissé des robes de soirée
qu’elle mettait dans les grandes occasions…
- Oh, arrête !
- Je peux emprunter de l’argent à la banque !
- Mais tu as déjà tellement de dettes !
- …. Je suis belle, je sais que je plais beaucoup aux hommes, avec mon
physique aussi je pourrais gagner assez d’argent…
- Ah oui ? Tu veux faire la pute ? C’est ça ? Tu veux vendre ton corps pour
moi ? C’est n’importe quoi ! Tu veux tout faire pour m’aider mais tu pars
dans un dégât ! Te prostituer rien que pour de malheureux billets !
- Des billets qui peuvent te sauver la vie !
- Alors ne viens plus me voir ! Va-t’en ! Je préfère mourir ! Pas question
que tu fasses ça pour moi ! Pas question que tu te salisses ! Si maman était
encore là, elle t’aurait mis une bonne correction !
- Ne me parle pas de maman !
- Mais s’ils sont morts tous les deux, c’est bien à cause de Haïdar! Tu as
peur de la réalité, c’est pourtant bien comme ça que ça s’est passé…
- C’était pas entièrement de sa faute.
- Arrête de prendre sa défense ! C’est avec toutes ses histoires de drogue
et d’argent qu’on les a assassinés !
- C’est notre frère à tous les deux…
- Non ! Plus maintenant… Tout ce qu’il a fait c’était pour de sales billets
CFA…Il m’a souillé, et toi aussi !
- Mais il peut nous aider…
- Tu es folle ou quoi ? C’est fini ! Et ça fait dix ans qu’on a juré tous
les deux qu’on ne lui parlerait plus jamais ! Je préfère mourir !
- Et moi je ne veux pas que tu meurs ! On a besoin de lui ! Ne me dis pas
non…
Chapitre 9
Le scandale des poulets contaminés commençait à se répandre. Il apprit par
la radio qu’un jeune footballeur était parmi les victimes et qu’il était à
l’hôpital. Il décida d’appeler sa sœur, Angélique, ce qu’il n’avait pas fait
depuis dix ans…
- Allô Angélique ?…
- Oui…
- C’est Haïdar.
- Oh mon Dieu ! Tu es au courant pour Aboubakar ?
- Oui. Retrouve-moi sur la grand’place d’ici une heure.
Arrivée à l’endroit, elle l’aperçut, et le reconnut tout de suite.
- Comment nous as-tu retrouvés ?
- Qu’est-ce que tu crois ? Depuis le début je me renseigne sur vous deux… Je
sais que tu as besoin d’argent pour le sauver, et je peux t’en donner.
- J’avais des doutes mais là je commence à comprendre. T’es vraiment un
salaud…S’il est malade c’est bien à cause de toi.
- Comment ça à cause de moi ?
- C’est toi qui l’as empoisonné ! Je sais que tu es à la tête de tout le
trafic.
- Comment tu peux m’accuser ?
- Comment je peux t’accuser ? Parce que j’ai des preuves ! Des photos, des
documents… Je peux te charger !
- Je ne pouvais pas prévoir qu’Aboubakar serait empoisonné. C’est vraiment
pas de chance…
- T’es le dernier des salauds ! Moi je n’en dors plus depuis que je sais
qu’il est malade et qu’il peut mourir. Tu le sais ça ?
- Arrête de me parler comme ça ou je pourrais faire le pire…
- Qu’est-ce que t’appelles le pire ?
- Dans la seconde qui suit je peux faire tuer ton ami Lucien Cerise.
- T’oserais faire ça en plus ?
- Ne me prends pas pour un imbécile.
- Si tu crois que je vais me laisser impressionner, tu te trompes.
- Ne me regarde pas avec ces yeux…
Angélique lui mit une violente claque dans la figure. Haïdar ne bougea pas.
Il lui dit :
- Je pourrais te tuer… Continue comme ça et tu te débrouilleras seule pour
soigner Aboubakar.
- Tu me tuerais et tu laisserais mourir ton frère ? Tu en serais vraiment
capable ?
- On a assez parlé. Je vais te donner un rendez-vous, moi ou quelqu’un
d’autre t’apportera tout l’argent que tu veux, et après ce sera terminé.
- Quand et où ?
- Près du stade, demain, à dix-huit heures.
Le lendemain, à l’heure convenue, un homme s’approcha d’elle et lui remit
une enveloppe.
- Tu viens de la part de Haïdar ? Tu as même l’argent ?
- Oui. Tout est dans l’enveloppe.
- Comment t’appelles-tu ?
- Marius.
- Pourquoi je devrais te faire confiance ?
- Parce qu’il m’a donné un mot pour toi…
Il lui donna un bout de papier sur lequel il était écrit : « Angélique,
excuse-moi de ne pas être venu. Je suis désolé de ce qui arrive à
Aboubakar…Je sais que tu m’en veux énormément, mais ce qui est fait est
fait. On ne peut jamais revenir en arrière. Je fais des saloperies, je les
assume. Dans le milieu où je vis, soit tu exécutes soit tu te fais exécuter,
c’est comme ça. Excuse-moi encore une fois. Adieu. »
Chapitre 10
Il avait demandé à ses deux hommes de confiance d’emmener le corps de
Dieudonné au large et de le jeter par-dessus bord. Pourtant, deux jours plus
tard, le corps refaisait surface, échoué sur une plage. Un vieux pêcheur
était tombé dessus par hasard. Il avait décidé de prévenir Maman Claudine.
Comme elle n’était pas très rassurée, elle avait appelé Lucien…
Dans l’angoisse ils allèrent ensemble sur la plage pour voir le corps. Le
temps était gris, il pleuvait. La plage était sale. C’était une des plages
de Douala où les égouts de la ville se déversent dans la mer. En avançant,
ils marchaient parmi les plastiques et les détritus. Ils arrivèrent à
l’endroit du corps. Il était déjà en état de décomposition mais c’était bien
Dieudonné. Il était sur le ventre. Il avait encore son pantalon mais il
n’avait plus de chemise. Lucien et Maman Claudine étaient choqués. Ils
restèrent là, en silence pendant plusieurs minutes sans pouvoir bouger ni
parler, dans le silence. Au bout d’un moment, Lucien entendit Maman Claudine
sangloter. Lui suait fortement. Il la vit s’évanouir et tomber sur le sable.
Tout de suite il se mit à genoux pour la ranimer en lui donnant des petites
tapes sur les joues. Elle reprit ses esprits puis elle voulut s’enfuir.
Lucien la rattrapa. Il lui dit : « Allons Maman, courage, il faut le faire…
».
Lucien revint vers le corps de Dieudonné. Il se pencha et le retourna
doucement. Il avait très peur, il tremblait. Mais il devait absolument
l’examiner pour trouver des indices. Maman Claudine reconnut son alliance.
Ils fouillèrent ses poches. Ils y trouvèrent un briquet portant une adresse
d’un bar de Douala. Maman Claudine connaissait l’adresse… Il faut aller
là-bas dit Lucien.
Ils retournèrent en ville. Arrivés sur place. C’était un petit bar sombre et
tout enfumé. Ils posèrent des questions au chef. Il avait vu Dieudonné
quelques semaines auparavant en compagnie de Marius, un mafieux connu dans
le coin… L’homme leur dit que pour le moment Marius n’était pas là, mais
qu’il devrait arriver d’ici peu de temps. Ils retournèrent chez Maman
Claudine pour se préparer. Elle avait chez elle un revolver et un couteau
qu’elle cacha dans ses poches. Ils allèrent au bar une seconde fois. Marius
était là… Maman Claudine parla la première :
- Comme je l’ai su par le patron du bar, tu as vu Dieudonné ici la veille de
sa disparition…
- Marius ne répondit pas. Lucien dit :
- Pourquoi tu ne réponds pas ? Tu as des reproches à te faire ?
- Marius ne répondait toujours pas. Maman Claudine lui dit :
- Si tu ne réponds pas, ça va mal se passer. On appelle la police et tu te
feras arrêter.
- Marius rit et dit :
- Tu crois que j’ai peur de la police ?
Maman Claudine s’énerva. Elle sortit le couteau de sa poche et lui mit sous
la gorge.
- Dis-moi toute la vérité ou je te tue.
- OK, dit Marius, mais si je parle vous me laissez partir.
- Jure-nous que tu diras la vérité.
- Je vous le jure.
- Viens derrière lui, Lucien, qu’il ne fasse pas un coup de vicieux.
Ils descendirent tous les trois à la cave du bar et s’enfermèrent pour être
plus tranquilles pour parler.
Chapitre 11
Il est déjà quatre heures de l’après-midi. Cela fait maintenant plus d’une
heure qu’il roule pour se rendre au Maquis. C’est là qu’on lui a dit d’aller
pour vérifier que les poulets étaient bien arrivés…
Sur la route, il reçoit un coup de téléphone de Cent Tonnes qui ne le
rassure pas : la police rôde aux alentours du restaurant, sans qu’on sache
bien pourquoi. Il va falloir la jouer très discret pour ne pas attirer
l’attention. Il sait bien que les poulets sont contaminés, et que la police
pourrait rapidement avoir un doute vu que la cargaison arrive directement de
Thaïlande. Mais ça vaut vraiment le coup, et la patronne du restaurant le
sait car elle fait un énorme bénéfice sur l’achat des volailles. Les clients
eux, ne peuvent pas s’en apercevoir…
« Il est bientôt six heures du soir, les premiers clients vont arriver. Il
est tant de commencer à préparer les plats », se dit Maman Claudine. Elle
alla chercher les poulets arrivés dans l’après-midi… Elle attrapa le premier
par les ailes puis par les pattes, et le pendit à l’aide d’une corde, la
tête en bas. Ensuite elle alla chercher un couteau très long et bien aiguisé
qu’elle enfonça dans la gorge du poulet pour le saigner… Au bout de quelques
minutes, une vingtaine de poulets étaient pendus et saignaient ou étaient
déjà morts. Elle appela ses employés pour qu’ils les plument et les vident
sans perdre de temps. Puis elle retourna à la cuisine. Elle posa le premier
poulet sur une planche, attrapa sa hache de cuisine et coupa chaque partie
du corps du poulet. Son travail était rapide et professionnel, on voyait à
ses mouvements qu’elle était très expérimentée. En quelques minutes, la
vingtaine de poulets était déjà préparée. Elle les mit dans des marmites et
prépara une sauce très épicée. C’est à ce moment qu’elle entendit Lucien
arriver…
- Tiens ! Maman Claudine…
- Bonjour Lucien. Euh, il faudra que tu reviennes plus tard car le
restaurant n’est pas encore ouvert. Nous avons du travail.
- Je ne suis pas venu pour manger mais pour te poser une question.
- A propos de quoi ?
- Sur la provenance des poulets qu’on mange ici, au Maquis.
- Je n’ai rien à te dire. Et puis cela ne te regarde pas.
- Je crois que si au contraire…
A ce moment-là, Maman Claudine reprit son couteau et le pointa vers Lucien.
- Va t’en d’ici ! Et je te tue si tu oses revenir !
Mais Lucien n’avait pas peur. Il lui attrapa le poignet et lui mit une
claque, mais elle lui planta le couteau dans le bras. Malgré la douleur,
Lucien ne lâcha pas l’affaire. Il lui prit le couteau et répliqua :
- Tu ne me fais pas peur, et tu ferais mieux d’avouer. Je sais tout. Mais si
tu n’avoues pas, je te le ferai payer cher. Maintenant parle !
- De toute façon j’en ai assez de garder tout ça pour moi. C’est vrai, je
savais que les poulets étaient contaminés, et c’est pour cela qu’on les
payait aussi peu cher, mais je ne peux pas te dire leur provenance. Si je
parle, je mets ma vie en danger.
- Ah oui ? C’est surtout la vie des femmes et des hommes qui sont venus
manger ici que tu as mis en danger ! Tout ça pour payer moins cher le poulet
!
- Non ! Je t’assure que je ne savais pas que c’était si grave !
- Dis-moi qui te les a vendus.
- Je ne peux pas.
- Réfléchis bien. Tu peux encore sauver des vies…
- Je ne pensais pas que ça irait aussi loin… Je ne peux pas. Appelle la
police si tu veux.
- Allez ! Il n’est pas trop tard. Tous ces gens sont malades par ta faute.
Combien de fois vais-je devoir te le répéter ? Après tous ces mensonges,
donne-moi une réponse valable et pas une réponse minable !
- Je ne peux pas.
- Alors il vaut mieux que je prévienne la police. Au moins on aura une
réponse et tu auras ce que tu mérites.
- Qu’est-ce que tu me dis ?
- Je dis que je vais appeler la police. Le restaurant va fermer, tu vas tout
perdre et tu iras en prison pendant des années. Si tu parles, ta peine sera
peut-être moins longue, les mafieux seront arrêtés.
- Les poulets viennent de Thaïlande. Ils arrivent par bateau à Douala. On
sait qu’ils sont contaminés mais on ne pensait pas que c’était dangereux
pour l’homme. Vu le prix, ça valait la peine de les acheter. Alors je n’ai
pas hésité…
- Tu vas venir avec moi à la police et leur raconter tout ce que tu viens de
me dire.
- D’accord.
- Tu iras en prison et tu attendras ton procès.
Chapitre 12
Après avoir attendu trois heures devant le Maquis, il avait remonté la rue
et était allé attendre devant l’hôtel.
C’était aussi du côté de l’hôtel qu’il se passait des choses bizarres… Par
exemple une fois, il avait vu des échanges de valises, une camionnette dans
laquelle on chargeait et déchargeait des caisses, des hommes qui se
croisaient sans arrêt. Ce jour-là il s’était approché et il avait pu lire
sur une des caisses : « ATTENTION DANGER NE PAS SECOUER »…
Mais ce soir-là, tout était calme… Sauf que la camionnette était encore
garée là !
Tout à coup, son regard fut attiré par un homme d’une trentaine d’années,
musclé et mince, short bleu, maillot noir et baskets Nike, qu’il avait vu
remonter la rue jusqu’à la camionnette. Il avait été chercher un bidon, et
redescendait vers le Maquis. Il décida de le suivre, mais d’assez loin pour
ne pas se faire repérer.
Quand il arriva non loin du restaurant, il était déjà trop tard. Des flammes
commençaient à sortir des fenêtres de la façade, mais il croisa l’homme qui
remontait à sa camionnette. Il eut le temps de bien le voir, en particulier
son visage. Il était chauve, avait de grosses lèvres et portait un anneau à
chaque oreille, un petit à droite, et un gros à gauche. Ensuite il décida de
partir. On entendait déjà la sirène des pompiers. Ils avaient dû être
appelés par des gens du quartier. Il ne voulait pas passer pour un suspect.
Chapitre 13
Johnny était arrivé en avance au rendez-vous et attendait tranquillement.
A l’heure prévue, l’autre arriva. C’était un homme d’une trentaine d’années,
de taille moyenne, plutôt musclé mais mince. Il portait un short bleu, un
maillot noir et des baskets Nike… et il était nerveux.
Sans même lui dire bonjour, Johnny lui demanda si le Maquis avait bien brûlé
et si personne ne l’avait vu en train de mettre le feu. L’autre lui dit que
non, que tout s’était passé comme prévu, et que maintenant il voulait son
argent. Johnny lui dit de se calmer. Avant de lui donner l’enveloppe, il
voulait savoir exactement comment les choses s’étaient passées. L’autre lui
dit : « Comme j’étais un habitué du Maquis, j’avais déjà remarqué où Maman
Claudine accrochait son double de clés. Au petit matin, au moment de la
fermeture du restaurant, je les ai récupérées et je suis allé chercher un
bidon d’essence. Je suis revenu au restaurant, j’ai tout aspergé d’essence
l’intérieur et l’extérieur, et j’ai mis le feu. Après je me suis enfui en
courant. Et personne ne m’a vu ».
Mais Johnny n’était pas satisfait. Il lui dit qu’il n’avait pas l’argent sur
lui et qu’il devait le suivre jusqu’à un autre endroit pour le récupérer…
Johnny passa un coup de téléphone et une grosse Mercedes noire avec vitres
teintées arriva. Ils montèrent dedans. Haïdar, plus connu sous le nom de «
Cent Tonnes », était à l’intérieur...
Sans dire un mot, ils roulèrent vers la forêt à l’extérieur de la ville,
vers Ngolambélé. La forêt était dense, sombre avec de grands arbres
effrayants, des oncalamus, des laccosperma. On entendait des cris d’oiseaux
et d’autres animaux, des fauves, un marozi ou un ikimissi. La voiture
s’arrêta. Johnny dit à l’homme de sortir et de ne pas bouger. Il alla à
l’arrière de la voiture, ouvrit le coffre et sortit une faucille. Il
s’approcha de lui et le frappa à la tête et à la gorge. L’homme tomba. Il
était mort. Ensuite Johnny sortit une pelle et une pioche du coffre et
creusa pour y mettre le cadavre et effacer toute trace du crime.
Chapitre 14
Depuis quelques temps déjà, il avait compris que Lucien et Angélique
enquêtaient sur le même trafic de poulets contaminés. Maintenant que le
Maquis avait brûlé et que beaucoup de preuves avaient disparu, il décida de
les contacter…
- Allô, Monsieur Cerise ?
- Oui, qui est à l’appareil ?
- Vous ne connaissez pas mon nom, mais j’ai des informations à vous donner
concernant l’incendie du Maquis. Venez derrière l’hôtel aujourd’hui même à
15 heures.
Et il raccrocha. Lucien et Angélique n’étaient pas très rassurés mais il
fallait en savoir plus.
Ils allèrent au rendez-vous, et reconnurent « l’homme au chapeau » qui
attendait toujours des heures devant le restaurant.
- Bonjour. C’est moi qui vous ai téléphoné. J’ai des choses graves à vous
dire.
- Bonjour. Nous vous reconnaissons, mais comment vous appelez-vous ?
- Je m’appelle Abdel Louidys. Il y a déjà plusieurs mois, je suis venu à
Yaoundé avec ma fille. Il était midi, la faim nous pourchassait tout les
deux et nous avons décidé d’entrer dans ce restaurant Le Maquis, pour manger
un bon poulet à la banane verte…
- Que s’est-il passé ? demanda Angélique.
- Elle a attrapé la grippe aviaire. Sur le coup nous n’avons rien remarqué
bien sûr, mais quelques jours plus tard, elle est tombée malade. Ça
ressemblait à la grippe. Elle est restée couchée, je suis resté près d’elle,
et un matin elle ne s’est pas réveillée. Alors j’ai compris que c’était
fini…
- C’est affreux… Quel âge avait votre fille ?
- Huit ans… Un soir, elle était toute pâle. Elle m’a dit qu’elle ne se
sentait pas bien. Le lendemain, elle est restée couchée, à dormir. Puis elle
a commencé à souffrir. J’ai appelé un médecin qui a parlé d’une simple
grippe sans gravité. Il fallait attendre que cela se passe. Quelques jours
après, un matin, je me suis levé pour aller la voir. Elle ne respirait plus…
J’ai pleuré, pleuré toutes les larmes de mon corps, c’était fini, je savais
que je l’avait perdue. Après, j’ai senti la haine qui montait en moi. J’ai
voulu savoir ce qui c’était passé, et j’ai commencé à enquêter.
- Que savez-vous sur le trafic de poulets contaminés ? demanda Lucien.
- Je crois que la mafia camerounaise est derrière tout ça. En attendant
devant l’hôtel en haut de la rue, j’ai vu des hommes entrer et sortir avec
des caisses d’armes, s’échanger des valises. Et j’ai vu celui qui a brûlé le
Maquis. Il avait la même camionnette que ceux qui s’échangeaient les armes.
- Nous aussi nous avons des preuves, dit Lucien. Nous savons que ce sont
bien des poulets qui étaient déchargés sur le « Fight For Life » à Douala,
et qu’ils ont été transportés jusqu’ici.
- Comment l’avez-vous appris ? demanda l’homme au chapeau.
- Nous avons vu tout ça car nous étions dans les cales du bateau, derrière
les caisses ! dit Angélique.
- Et que nous avons entendu des conversations, ajouta Lucien… Sans parler
des photos... Elles étaient sur l’ordinateur d’Angélique qui était resté au
Maquis. Mais heureusement, elle me les a envoyées avant que tout brûle.
Maintenant, il faut raconter tout ça à la police.
- Vous croyez qu’on peut leur faire confiance ?
- Mais oui, bien sûr !
Ils allèrent ensemble au commissariat. Le policier qu’ils connaissaient
était Habib Benavou. C’était un habitué du Maquis. Son surnom était « Mange
Mille » (francs CFA), car comme beaucoup de policiers au Cameroun, il était
« un peu » corrompu…
- Bonjour, vous venez pourquoi ?
- Bonjour M. Benavou, c’est gentil de nous recevoir. Nous avons des
informations sur l’incendie du Maquis et sur le trafic qui était organisé à
l’intérieur. On a besoin de votre aide dans cette affaire. Il s’agit en fait
d’un énorme scandale.
- Ah oui ? Ecoutez, je veux bien le croire, mais en ce moment, nous sommes
débordés. Je suis moi-même déjà sur plusieurs enquêtes. Ça serait vraiment
difficile que je m’occupe en plus de celle-ci.
- Pourtant vous nous aviez promis de nous aider en cas de problème…
- Oui, je sais, mais là c’est impossible. Revenez me voir un peu plus tard.
- Cette affaire est très grave ! dit Lucien.
- Bon ça suffit ! Je vais maintenant vous demander de sortir. Et merci
d’être passés !
- Bien. Alors, au revoir, dit Angélique.
- Et ils sortirent du commissariat.
- J’en étais sûr ! On ne peut pas compter sur ce type-là, dit Lucien.
- Attendez, dit Angélique, ce n’est pas terminé. J’ai une idée qui va vous
épater !
- Ah oui ? Laquelle ? demanda Lucien.
- Tu vas voir…
Chapitre 15
Après l’échec de la tentative pour dénoncer tout le trafic à la police, les
trois amis décidèrent de passer par la voie de la presse : Angélique voulait
publier un article pour dénoncer le scandale et ses auteurs, et enfin
avertir la population.
Elle se rendit au siège du journal, avec Lucien pour plus de sûreté, pour
voir son rédacteur en chef. Elle avait besoin de son accord pour que son
article paraisse en « Une » et en gros caractères.
- Ecoute Angélique, non, en « Une » ce n’est pas possible. En page 4, il
sera très bien.
- Je ne suis pas d’accord. C’est trop important, il doit paraître en « Une
».
- On a plein d’autres titres à mettre en « Une ».
- Ah bon ? Tout ce trafic, tous les morts qu’il y a eu, ce n’est pas
important ? Tout le Cameroun est concerné ! Tu verras en plus comme les
ventes vont augmenter… On doit le faire !
- Je sais bien, mais il y a des gros risques, des menaces de mort même.
C’est comme ça avec la mafia. Moi j’ai peur pour ma femme, mes enfants. Et
rappelle-toi comment Dieudonné a été assassiné !
- Je comprends ton inquiétude, mais cet article peut sauver des milliers de
vies. Si on révèle tout le scandale ignoble, l’Etat pourra soigner et
indemniser les victimes. D’accord il y a des risques énormes pour nous tous,
mais allons-y, déballons tout !
Chapitre 16
Comme tous les matins, Cent Tonnes se faisait apporter son journal dans son
bureau. Mais là, le journal n’annonçait pas des bonnes nouvelles : le
scandale des poulets contaminés était dénoncé, son nom était cité et il
était recherché par la police…
Il téléphona à Mange Mille, son ami le commissaire :
- C’est Cent Tonnes. Il faut que tu m’aides à quitter le pays, le plus vite
possible.
- Je peux t’aider. Où veux-tu aller ?
- Au Nigeria, à Jaungo. J’ai des amis là-bas. Il faut que je me fasse
oublier pendant quelques temps. Peut-être même que j’y resterai.
- Pourquoi pas… Avec quelle voiture tu comptes partir ?
- Un vieux 4x4 Toyota. Il a des fausses plaques d’immatriculation… J’aurai
aussi bien sûr un faux passeport et des vêtements pas trop voyants.
- Bien. Je donne des consignes pour qu’on te laisse passer, mais il faut que
tu partes sur le champ.
Cent Tonnes prit la direction du Nigeria par la route de Bafoussam et
Bamenda mais tout ne se passa pas comme prévu. Arrivé à la frontière, un
garde l’arrêta et lui demanda ses papiers. Il le fit attendre plusieurs
minutes. Quand il revint enfin, Cent Tonnes comprit qu’il s’était fait
repérer. Il sortit un gun silencieux, tira sur le garde une balle en plein
cœur sans lui laisser aucune chance, et démarra à toute vitesse. Une brigade
avec plusieurs voitures se mit à sa poursuite. La route était mauvaise,
pleine de virages et passait près des ravins. Cent Tonnes roulait à fond.
Soudain, il prit un virage en épingle sur la gauche, la voiture dérapa et
bascula dans un ravin en faisant plusieurs tonneaux. La police arriva sur le
lieu de l’accident. Il fallut du temps aux policiers pour arriver jusqu’à la
voiture, mais quand ils la fouillèrent, Cent Tonnes avait disparu.
Ils le cherchèrent longtemps, firent des battues dans les environs pendant
plusieurs jours, mais sans résultat. Ils ne le retrouvèrent jamais.
Epilogue
Quelques jours après cet épisode, Lucien décida d’inviter Angélique dans un
restaurant de Yaoundé. Ils étaient un peu soulagés. Le gouvernement avait
annoncé que des mesures allaient être prises pour aider les victimes et
mieux contrôler les arrivées de poulets. Aboubakar était parti en France
pour se faire soigner. Ils reparlèrent de tout ce qui s’était passé depuis
que Lucien était arrivé. Tous ces événements les avaient rapprochés. Lucien
dit :
- Tu te souviens des premiers jours au Maquis, quand on ne se connaissait
pas encore ? Tu m’étais indifférente…
- Ah bon ? Je pensais que c’était le contraire vu comme tu me regardais !
- Tu te trompais. Mais maintenant je pense que je ressens quelque chose pour
toi.
- C’est réciproque…
- Je l’espère bien car moi je suis très sincère !
- Moi aussi. Tu sais à quoi je pense ?
- Non…
- Je pense à la suite de notre histoire. Je me disais que nous pourrions
reconstruire le Maquis, relancer le restaurant.
- J’y songe moi aussi. Et je songe à quelque chose d’autre. Je ne sais
comment te le dire, j’ai un peu peur de ta réaction…
- Dis-moi tout, je t’écoute.
- Alors Lucien se mit à genoux et lui dit :
- Veux-tu m’épouser ?
- Angélique lui fit un grand sourire et dit :
- Oui !
Et ils s’embrassèrent tendrement…
Nouvelle de la classe de 2de VAMB du LP La Peupleraie de Sallaumines /
Enseignant : Mr Omont