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projet pédagogique

Lucien Cerise prend le maquis

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Table des matières

Tel est pris qui croyait prendre

Les vacances de Mr Cerise

Chair de poule au Cameroun

La foire aux fruits

Rififi au Cameroun

Le feu au Maquis

Pas net... cet net !

Le feu aux poudres

Jeu de piste au Cameroun

Roman-photo

Fight for life

Cerise pédale dans le Cameroun

Annexe 1 / Courrier de  Lucien Cerise

Annexe 2 / Courriers de Philippe Revelli

Figth for life

 

Prologue

Lucien est un vrai personnage. Il est journaliste. Sa spécialité ? La cuisine exotique. Il a été chroniqueur à Cuisine Madame, puis il a fondé sa propre revue : Papilles Rebelles. Il voyage beaucoup…
Un jour de septembre 2006, Dieudonné, un ancien camarade devenu patron de bistrot au Cameroun, lui téléphone : Lucien, voudrais-tu me remplacer pour quelques mois derrière le comptoir du Maquis, mon restaurant à Yaoundé ?
- L’occasion est trop belle ! J’accepte avec grand plaisir, mon ami ! Le temps de régler quelques affaires et je te rejoins.
Au mois de novembre, Lucien Cerise, tout content, part pour le Cameroun. La première carte postale qu’il envoie à son auteur, Philippe Revelli, est enthousiaste : « Salut Philippe, je suis bien arrivé à Yaoundé et c’est formidable ! Je vais pouvoir mettre en pratique toutes mes recettes ! » Pourtant, un beau matin, Philippe reçoit un message de Lucien. Son personnage lui demande de venir le rejoindre d’urgence. Dieudonné a disparu et personne ne sait où il est.
Un auteur digne de ce nom n'abandonne jamais son héros en détresse, et Philippe décide de s'envoler à son tour pour le Cameroun.
Dans quel guêpier Lucien s’est-il encore fourré ?

Chapitre premier

Dieudonné resta tard au Maquis ce soir-là. Il y avait eu un monde fou et il avait dû nettoyer, ranger… et faire la caisse, ce qui avait encore pris du temps car la recette était importante.
Vers quatre heures du matin, alors que le restaurant était fermé, deux hommes entrèrent. Il eut un sursaut de panique et cria :
- Qui êtes-vous ? Que voulez-vous ?
- On vient de la part de Cent Tonnes. Ça te dit quelque chose ?
Dieudonné saisit un verre et le jeta violemment en direction des deux malfaiteurs. L’un d’eux cria à son tour :
- Tu vas le regretter Dieudonné !
Les deux hommes étaient des grands très musclés, mais Dieudonné n’était pas décidé à se laisser faire. Il tenta d’abord de s’enfuir par la porte de devant mais le premier lui barra la route. Il repartit en courant vers le fond du restaurant. C’est alors que l’autre sortit un neuf millimètres et lui tira une balle dans l’épaule gauche. Dieudonné s’effondra près du bar. Il prit encore un coup sur la tête et perdit connaissance. Les deux hommes l’attrapèrent, lui attachèrent les mains dans le dos, lui bandèrent les yeux, lui scotchèrent la bouche et le mirent dans une voiture garée tout près dans la petite ruelle sombre.
Le chemin pour arriver jusqu’à l’endroit ne lui parut pas très long. Il avait été mis sur la banquette arrière et quand il ouvrit un œil, il reconnut des bâtiments situés un peu à l’extérieur de la ville. Il vit aussi des hommes armés. La voiture s’arrêta. On l’amena jusque dans une grande villa puis arrivé dans une pièce, on l’assit sur une chaise. Bien sûr il était toujours attaché. On le fit attendre. Au bout d’un moment, un énorme type apparut, et grand en plus. C’était une vraie montagne.
- Que sais-tu sur ce trafic ?
- Quel trafic ?
- Ne te fous pas de moi. Parle !
- Je ne comprends rien je vous le jure !
L’énorme type s’approcha de Dieudonné, sortit un couteau, et froidement, il lui mit un coup qui le tua.

Chapitre 2

Samedi soir.
Lucien Cerise n’est à Yaoundé que depuis quelques jours et il connaît déjà tout le monde au Maquis…
Bien sûr il y a Maman Claudine, la mama africaine. C’est elle qui est la patronne « par intérim » du restaurant, puisque Dieudonné demeure introuvable… Et puis il y a tous les clients, les habitués. Le midi, on voit venir Marcel pour l’apéro. Il est transporteur. C’est un français présent en Afrique depuis des années avec ses deux camions. On voit également Angélique, une jeune journaliste au Messager, tellement belle qu’on a du mal à y croire. Lucien a tout de suite sympathisé avec elle. Il croise aussi « l’homme au chapeau », c’est comme ça qu’on l’appelle ici, un homme portant un chapeau melon qui ne rentre jamais dans le restaurant, et qui attend des heures entières sur le trottoir d’en face…

Angélique avait parlé à Lucien de son jeune frère Aboubakar qui était footballeur, un excellent footballeur même : il faisait partie de la sélection junior du Cameroun. Justement, le premier samedi après l’arrivée de Lucien, il devait jouer un match capital au grand stade omnisport Amadou Ahidjo de Yaoundé. Ils décidèrent d’y aller ensemble.
Si l’équipe gagne ce soir, le Cameroun sera qualifié pour la finale ! Mais ce ne sera pas facile car l’équipe adverse est la France…
Il est presque 20 heures. Les joueurs, très concentrés, attendent encore dans les vestiaires. Dans le camp du Cameroun, les sorciers récitent des formules magiques et envoient des ondes positives au bout des crampons. Puis les joueurs arrivent et s’alignent sur la pelouse. On entend La Marseillaise puis l’hymne camerounais. Chacun chante « O Cameroun de nos ancêtres » la main sur le cœur. Du côté ouest des tribunes, les supporters agitent leurs drapeaux et scandent le prénom d’Aboubakar. Les marabouts sont là aussi. On entend les tam-tams. Le stade est en folie ! En bas, la police repousse d’autres supporters pour assurer la sécurité des joueurs. Aboubakar est titularisé au poste de numéro 9. Le sélectionneur camerounais donne ses dernières consignes. Angélique et Lucien sont au meilleur endroit, juste devant la ligne du milieu de terrain, derrière le banc de remplaçants camerounais.
- Regarde mon frère, dit Angélique pendant qu’on entend les hymnes (la Marseillaise puis celui du Cameroun), c’est celui qui a la main sur son cœur. J’en ai des frissons !
- Oui, mais ça va être dur de battre la France. Ils sont expérimentés et ils ont des joueurs de talent !
- T’inquiète pas, mon frère est un petit prodige ! Le prodige venu du chaud !
Un, deux, trois, le coup d’envoi est donné ! C’est parti ! Le début du match est très tendu, puis à un moment, Aboubakar passe au numéro 10 qui perce la défense française et lui repasse la balle en profondeur. Aboubakar récupère, feinte le dernier défenseur, frappe en pleine lucarne et « But » ! But extraordinaire ! Le stade est en feu ! Un à zéro pour le Cameroun. C’est le score à la mi-temps. Les deux amis quittent leurs places un moment et vont chercher une frite…
Dans la deuxième mi-temps, le sélectionneur camerounais a renforcé la défense, la France attaque. Un joueur frappe au but, le gardien camerounais claque le ballon en corner. Mais sur le corner qui suit, un énorme coup de tête bat le gardien à bout portant. C’est le silence dans le stade. Bientôt l’arbitre siffle la fin du temps réglementaire. On commence les prolongations. Les jambes sont lourdes, et aucune des équipes n’arrive à faire la différence. Puis on en vient aux tirs au but. L’attente est interminable. A quatre à trois pour le Cameroun le gardien camerounais repousse un tir français d’une superbe claquette. Vient alors le tour d’Aboubakar. S’il marque, il qualifie son équipe. Il s’élance… il tire… et marque ! Le stade explose ! On ne s’entend plus. Angélique et Lucien crient aussi : « Oui, oui, oui ! Il l’a fait ! Allez, on va tous au Maquis pour fêter ça ! »
A la sortie du stade, ils décident de prendre un taxi. Le rendez-vous au Maquis est à 23 heures. Juste le temps de repasser à l’appart’ pour se changer… Une demi-heure plus tard, ça y est, ils sont prêts. Lucien s’est mis sur son trente et un, et pour plaire à Angélique, il a mis un peu de parfum.
Ils arrivent enfin. Le Maquis est plein à craquer et les tables ont été réservées un mois à l’avance. Il y a une longue file d’attente sur le trottoir. Maman Claudine a même dû payer un vigile pour assurer l’ordre. Tout le monde est venu pour acclamer le grand Aboubakar, qui a été l’homme du match. Le petit groupe arrive. Maman Claudine est là pour les accueillir… Elle offre à tout le monde le cocktail gingembre « maison » (jus de gingembre, lait, sucre et citron vert). Au menu il y aura pour commencer, la « dorade rose aux palmiers » (dorade de l’Atlantique, cœurs de palmiers, huile de palme, zestes de citron). Pour le plat principal, tout le monde le sait déjà, Maman Claudine nous réserve son fameux « poulet aux bananes vertes » (poulet, bananes plantain vertes, œufs, bouquet garni, le tout arrosé de bière camerounaise…). Enfin en dessert, il est prévu un énorme gâteau en forme de terrain de football. Une table aux couleurs du Cameroun a été réservée pour les trois amis. Dès le début, un rythme de djembé les pousse à aller danser… jusqu’à ce qu’on entende la petite clochette de Maman Claudine pour dire qu’il est l’heure de passer à table. Le dîner se déroule dans la joie et la bonne humeur, on parle de tout et de rien, mais surtout du délicieux poulet de maman Claudine. Tout le monde la félicite. Après le dessert qui a rempli tous les estomacs, tout le monde se lâche ! On pousse les tables. Un homme muni d’un djembé se met au milieu de la salle. Il commence à jouer. Un cercle se forme autour de lui et on tourne en poussant des cris, en sautant. Même Maman Claudine pose son tablier et danse. On en profite jusqu’au bout de la nuit !

Chapitre 3

Après une nuit passée au Maquis à faire la fête, ils avaient passé la journée à dormir. Mais le soir, Angélique avait demandé à Lucien de venir la rejoindre dans un hôtel du quartier chic de Banango. Elle avait réservé une chambre. C’était le meilleur endroit pour parler sans risque, car elle avait des choses importantes à lui dire. Il était 22 heures, la nuit commençait à tomber et il pleuvait à verse. Lucien arriva en courant à l’hôtel et monta jusqu’à la chambre. Il frappa à la porte. Elle lui ouvrit tout de suite.
- Lucien ! Tu es trempé !
- Oui, il tombe des cordes ce soir…
- Entre, je t’apporte une serviette pour te sécher.
- Oh, mais tu as fait commander un dîner !
- Oui, si tu n’as pas déjà dîné…
- Non, au contraire, tu as très bien fait. C’est mieux de discuter quand on a l’estomac plein.
- Tu sais, j’ai peur depuis qu’on a cambriolé mon appartement, j’ai peur d’y retourner. C’est vrai qu’ici c’est un peu cher, mais je me sens en sécurité.
- Angélique, dis-moi ce qui se passe exactement.
- Eh bien, les cambrioleurs qui sont venus chez moi cherchaient quelque chose de précis, et ils l’ont trouvé.
- Quoi ?
- Un dossier d’enquête contenant des informations « top secret »…
- Raconte !
- Un trafic international de poulets contaminés par la grippe aviaire en provenance d’Asie…
- Oui, ça n’est pas rien…
- Ça fait déjà plusieurs semaines que j’enquête sur ce trafic. J’ai encore du mal à y croire mais tous mes contacts me disent la même chose : un bateau chargé de poulets contaminés en provenance de Bangkok a accosté à Douala au mois d’octobre. Et il paraît qu’il est au port en ce moment. C’est le « Fight For Life », un navire énorme. Et en le voyant, on ne se douterait vraiment pas qu’il contient des poulets contaminés. Les poulets sont mis par cinq dans des cartons percés. Une de mes amies journaliste en Thaïlande me téléphone toutes les semaines. Elle a des preuves. Moi j’avais récupéré des documents, j’avais fait des photos du bateau, mais tout était dans le dossier qu’on m’a volé. Désolée…
- C’est une affaire très grave… Mais ne t’inquiète pas. Je suis là et je veux t’aider. Tu sais qui est à la tête de tout ça ?
- On n’a pas encore réussi à le savoir.
- On le découvrira. Mais il faut faire vite. Des gens vont mourir. Tu sais où tous ces poulets sont envoyés ?
- Il y a au moins un transporteur, une espèce d’homme de main, qui a fait des allers-retours de Douala à Yaoundé, et peut-être aussi vers Bertoua, dans le sud du pays. On ne sait pas son nom, mais on sait qu’il livre là-bas à un certain Nola qui alimente la ville à son tour. De là d’autres poulets sont envoyés jusqu’à Adamaoua au nord chez un autre commerçant qui s’appelle Ndélé.
- Ça fait beaucoup de pistes à suivre ! Le mieux c’est sûrement de retourner à Douala. C’est par là que tout commence.
- Mais attends deux minutes, je suis en train de penser à quelque chose de terrible…
- Quoi ?
- Au Maquis… on sert du poulet ! Et s’il était contaminé… Si les poulets qu’on cuisine étaient contaminés ! On est peut-être déjà tous malades !
- Non, arrête, c’est impossible. Tu sais que Maman Claudine a des fournisseurs très sérieux. Et d’abord Marcel. Ça fait des années qu’il travaille pour le Maquis. C’est vraiment quelqu’un sur qui on peut compter. Il a une réputation et il a toujours livré les meilleurs poulets de Yaoundé.
- Oui tu as raison. Mais il n’est pas le seul à travailler pour le restaurant. Et en cuisine, il y a du monde qui travaille, et dans les serveurs, est-ce que tout le monde est aussi sérieux que ça… J’ai des doutes sur certains… par exemple Midgère. Il a fait de la prison. Il a des airs suspects, il n’est pas comme les autres. En tout cas, je ne crois pas qu’il soit un homme de confiance.
- Oui, tu as sûrement raison. Pour en être certain, il faudrait le surveiller, faire des recherches. On ne sait pas vraiment qui il est et d’où il vient…
- Il aurait un rapport avec la disparition de Dieudonné ?
- Je ne sais pas, mais la dernière fois que j’ai vu Dieudonné, il était en train de discuter avec lui. Ce n’est peut-être pas un hasard…

Chapitre 4

Ce matin-là, il est nerveux. Il a demandé à ses deux employés de l’aider à charger le camion, mais cela fait déjà trois heures qu’ils attendent, et le camion n’arrive pas. Ils ont trois cents poulets vivants à livrer dans plusieurs restaurants de la capitale. Ne supportant plus d’attendre, il décide alors de charger une carriole à bras. Bien sûr ils mettront plus de temps pour traverser la ville et il faudra faire plusieurs allers-retours, mais au moins la marchandise sera à l’abri. Cinq minutes plus tard, la carriole croule sous le poids des cartons de poulets. Elle est tellement chargée qu’il est même difficile de la diriger. Il (Marcel) fait signe à son employé de partir quand même, mais cinquante mètres plus loin, tout tombe sur la route. Des cartons s’ouvrent et des poulets commencent à s’échapper. Manque de chance, la police ne se trouvait pas très loin de là …
Trois policiers arrivent et demandent aux deux employés de présenter leurs papiers et d’ouvrir les cartons. Rien n’est en règle, les deux employés le savent bien. L’un d’eux, pris de panique, prend la fuite. Il part en courant à toute vitesse. Un policier le poursuit. Mais le fuyard connaît bien le quartier, des ruelles étroites, sombres, dangereuses… et il n’a aucun mal à semer le policier…
Lui arrive. Il ne peut pas laisser tomber son gars. Il essaie de discuter, de négocier avec la police mais ça ne marche pas. La police les embarque tous les deux et la marchandise avec. Au poste, un policier l’interroge immédiatement :
- D’où viennent les poulets ?
- D’une ferme de Douala.
- Précise un peu : de quelle ferme s’agit-il ?
- Je ne sais pas le nom. Moi je suis seulement transporteur. Je devais aller charger, et revenir ici.
- C’est impossible que tu ne te rappelles pas de l’endroit !
- En fait c’était le soir… On y voyait mal, ce n’était pas éclairé…
- Ecoute, on va y aller ensemble et tu vas nous montrer le chemin.
- Mais je vous dis que je ne sais plus où c’est !
- Bon, je vois. Tu ne veux pas parler. Tant pis pour toi. Je vais te garder ici en attendant un jugement.

Dans la soirée, de l’autre côté de la ville, le plan est déjà mis au point : on doit absolument les faire évader… On pense qu’ils ne parleront pas mais si les flics réussissent quand même à les faire parler, tout est foutu. Ils sont douze, bien armés et cagoulés. Ils ont des fusils à pompe, des grenades, un bazooka, des neuf millimètres, un magnum. Quand ils seront devant le commissariat, ils vont faire un carnage.
A une heure du matin, ils arrivent devant le commissariat. Ils ont deux grosses camionnettes, vitres teintées. Très vite, ils descendent, encerclent le commissariat et passent à l’attaque. Les policiers tirent, blessent un des leurs, mais ils parviennent quand même à entrer et libèrent les deux prisonniers. Le coup a réussi…

Chapitre 5

D’une certaine façon, Philippe Revelli est un peu le « père » de Lucien. On pourrait dire aussi son grand frère ou son meilleur ami. Et quand Lucien lui a demandé de l’aide au mois de novembre, Philippe n’a pas hésité à partir à son secours. Mais Lucien n’est pas tendre avec Philippe. Il lui laisse faire tous les sales boulots…

Alors qu’il était encore à Douala, Philippe reçut un coup de téléphone de Lucien :
- Salut Philippe ! Ecoute, il s’est passé des choses graves : j’ai appris hier que des transporteurs de poulets avaient été arrêtés par la police à Yaoundé, et que leurs complices avaient ensuite pris d’assaut le commissariat pour les libérer. Je n’en sais pas plus. Apparemment ce serait lié à la marchandise qu’ils transportaient. La police n’a rien voulu nous dire quand on les a appelés. Angélique et moi nous sommes sur la piste d’un trafic de poulets contaminés par la grippe aviaire qui arriverait par bateau à Douala. Les deux affaires sont sûrement liées. On doit se rendre au port le plus vite possible. J’ai une autre piste dans un abattoir en rénovation un peu à l’extérieur de la ville. Euh… tu pourrais aller y jeter un œil ?
- Pas de problème. Explique-moi où c’est…
- C’est pas compliqué. D’abord tu remontes le grand boulevard en direction du nord. Là tu verras un grand panneau publicitaire et juste derrière un grand bâtiment entouré d’échafaudages. Tu entres et tu cherches. Il y aura peut-être des indices…
Philippe se rendit à l’endroit que lui a indiqué Lucien, un vieil abattoir. Il entra. Il y faisait vraiment très sombre alors il sortit sa lampe torche. Tout de suite il sentit une odeur affreuse, nauséabonde, mais comme il ne reculait jamais devant rien, il continua. Il vit une porte entr’ouverte et il entra. Son visage commençait à lui gratter. Il entendit des bourdonnements. Soudain il trébucha et tomba. En se relevant et en ramassant sa lampe, il découvrit… une pièce remplie de cadavres de volailles pleines de sang et déjà en décomposition ! Les mouches et les moustiques étaient partout et lui tournaient autour. C’était horrible. Il mit sa main devant sa bouche mais l’odeur atroce le fit vomir. Il fallait sortir de là ! Mais avant, il eut quand même le courage de prendre une photo, et de ramasser du sang avec son mouchoir. Puis il sortit à tout vitesse. Ouf ! De l’air… Il rentra à son hôtel et téléphona tout de suite à Lucien :
- Allô ? Oui, écoute, j’ai trouvé beaucoup de volaille morte à l’abattoir, toute éventrée et toute en train de pourrir. C’était atroce mais j’ai pris une photo et j’ai prélevé un échantillon de sang. Il faudra regarder ça au microscope et faire les tests nécessaires pour savoir si c’est contaminé ou pas.
- Super ! De notre côté on continue, mais on n’a encore rien trouvé. (Mensonge de Lucien). Bon, tu ne peux pas en rester là. Il faut continuer. On m’a parlé d’une entreprise qui vend des poulets tout préparés et de la nourriture pour poulets. La marchandise est stockée dans un entrepôt dans le quartier de Melen…
- Oui mais je commence à en avoir assez de faire le sale boulot à ta place ! C’est déjà la deuxième fois, et j’ai failli mourir. Sans compter que je pourrais attraper la grippe aviaire !
- Moi aussi j’ai du boulot Philippe !
- Ouais. Allez, dis-moi quand même où est ton entrepôt.
- Bon, tu partiras du centre ville. Tu verras un magasin qui s’appelle L’Idilité. Tout près il y a un parking et derrière, une « voyette » que tu remonteras jusqu’à un poteau rose. Là tu prendras la première à gauche et tu seras devant l’entrepôt.
Philippe suivit les indications et arriva à l’endroit…
En fouillant une pièce, il trouva des dossiers, des bons de commandes, des adresses de fournisseurs. Il mit dans son sac quelques documents. Un plan de stockage de l’entrepôt était accroché au mur. Il put voir où étaient stockés l’aliment pour poulets, les poulets préparés. Mais il n’eut pas le temps d’aller plus loin : deux hommes bien costauds entrèrent dans le bureau. Pas d’autre issue qu’une porte-fenêtre. Il prit son courage à deux mains et « boum ! », il défonça la vitre et se retrouva dehors. Son visage n’avait rien (il s’était protégé avec son bras) mais il était coupé au bras. Pas de temps à perdre, il partit en courant. Les deux hommes ne suivirent pas. Revenu dans un endroit sûr, il appela Lucien. Son bras droit était en sang.
- Lucien ? J’ai eu un gros problème à Melen, et je suis blessé.
- C’est grave ?
- Pas vraiment, mais quand même !
- Non, parce que là je n’ai pas beaucoup le temps de m’occuper de toi. J’ai d’autres choses importantes à faire.
- Ouais, ouais, des choses importantes à faire. Et si je meurs, c’est important ça ?
- Mais non ! Tu sais que tu es comme un frère pour moi. Alors ne dis pas de bêtises !
- Dis, tu pourrais aller voir le pasteur Isaïas, il sait peut-être quelque chose… Il est à l’église de Saint Baptiste tout près de la forêt de Ngolambélé.
- Bon, allez, j’y vais.
Philippe arriva sur les lieux, reconnut l’église. Il alla jusqu’à la porte. Elle était entr’ouverte. Il frappa. Deux coups de feux le firent sursauter, et des bruits derrière vers l’extérieur, puis plus rien. Il n’osait plus bouger. Au bout d’un moment, il entra quand même pour voir, et là, il aperçut le pasteur Isaïas sur le sol, en sang, et un crucifix planté dans le ventre. Il s’approcha, le pasteur bougeait encore. Il lui dit : « Les hommes de main du Général E… »
Et il mourut. Philippe était paniqué. Il ressortit à toute vitesse et là, « boum ! », il reçut un coup violent sur la tête et s’écroula à son tour.
Lorsqu’il se réveilla, il était attaché à un arbre et bâillonné. Sa tête lui faisait mal mais il réussit à défaire ses liens. Il crut qu’il avait enfin retrouvé la liberté, mais il vit arriver la police. Pas de chance, on l’accusa du meurtre parce que les empreintes retrouvées sur le crucifix étaient les siennes ! Il était maintenant bouclé au poste de police de Douala, et il était très énervé, contre les policiers, mais surtout contre Lucien qui l’avait envoyé dans cette galère…
Lucien apprit vite la nouvelle. Il alla au poste et paya une forte caution pour que Philippe puisse sortir. Jusqu’au moment de sortir il n’avait rien dit, mais dès qu’il fut libéré et en face de Lucien, il explosa :
- Qu’est-ce que c’est que ces pistes que tu me fais suivre ? Tout le sale boulot, je dirais même le boulot de merde, c’est pour moi ! J’en ai plus que marre ! C’est plus possible de travailler avec toi !
- Dans sa colère, Philippe envoya à Lucien une bonne claque en pleine figure. Lucien tomba par terre.
- Philippe, calme-toi, j’ai trouvé quelque chose…
- Je m’en fiche ! Débrouille-toi maintenant !
- Philippe, tu es mon ami, tu le sais, on a déjà vécu plein d’aventures ensemble.
- Non ! Je ne veux plus t’écouter. C’est trop facile ! je me sens trahi. Je claque la porte. Je repars en France d’ici quelques jours.

Chapitre 6

C’est la fin de la matinée. Lucien et Angélique ont décidé d’aller à Douala pour mener leur enquête.

Ils se rendirent tout de suite sur le port. De nombreux bateaux étaient accostés mais un en particulier attira leur attention : il venait directement de Thaïlande. Des marins commençaient à décharger des cartons. Ils voulurent s’approcher un peu, mais des hommes très musclés assuraient la surveillance du bateau et leur barraient la route. Comment faire pour en savoir plus sans se faire remarquer ?
Ils tentèrent une approche en se faisant passer pour des clients… C’est Lucien qui parla le premier :
- Bonjour ! Nous avons entendu dire que le bateau transportait des poulets…
- Et alors ?
- Comme ma femme et moi nous faisons les marchés, nous aurions bien aimé savoir si vous en vendiez… Vous les taxez combien ceux-là ?
- Qui vous a dit qu’on vendait des poulets ? Et d’abord vous êtes sur quel marché ?
- Sur celui de la place du comptoir colonial.
- Il n’y a pas de marché là-bas.
- Oui mais c’est un tout petit marché, pas très connu…
- On ne vous a jamais vu.
- C’est normal, on est un jeune couple. Ça ne fait pas très longtemps qu’on est là, et c’est pour ça qu’on cherche des fournisseurs…
- Bon. Montez sur le bateau.
Soudain, deux hommes les attrapèrent. Ils n’eurent même pas le temps de s’enfuir. Lucien reçut un violent coup de poing en pleine figure. Angélique fut attrapée par les bras et par les jambes.
Un peu plus tard, il se réveilla enfermé dans une pièce sombre et humide. Il était seul. Impossible de sortir. Mais par chance, il réussit à entendre les conversations des mafieux qui sans s’en rendre compte, lui donnèrent de précieuses informations. Il entendit parler de poulets… de restaurants… à Douala… à Yaoundé… de mafia camerounaise… Angélique ne s’était pas trompée. Seulement il ne savait pas où elle était enfermée…
De l’autre côté du bateau, Angélique simula une crise d’asthme. Elle s’était dit que c’était la meilleure façon pour retrouver Lucien et pour s’enfuir. Elle commença à pousser des cris. Les mafieux arrivèrent.
- Qu’est-ce qui se passe ici ?
- Je ne me sens pas bien du tout, il faut appeler Lucien !
- Qu’est-ce que vous avez ?
- J’ai une crise d’asthme et c’est Lucien qui a ma bombe ! Vite !
Les mafieux étaient paniqués. Ils allèrent chercher Lucien. Lucien arriva quelques instants plus tard. Il vit Angélique couchée par terre et il se précipita près d’elle. Elle lui dit à l’oreille : « Je fais semblant, c’est pour nous échapper ». D’un seul coup, Lucien et Angélique se relevèrent et bousculèrent les deux mafieux. L’un d’eux fit tomber son pistolet et Lucien s’en empara. Il leur dit : « Ne bougez pas, sinon je tire ! »
Et il sortit en courant avec Angélique. Ils traversèrent le bateau et descendirent en courant comme des fous. Arrivés sur le quai, un jeune en scooter passait. Lucien se précipita en plein milieu de la route, les bras levés et il cria : « Arrêtez-vous ! ». Le jeune freina, tomba du scooter. Ils le récupérèrent et partirent à toute vitesse pour se réfugier chez Maman Claudine.
Ils croyaient être enfin tranquilles, mais Angélique reçut un appel de l’hôpital. Il fallait qu’elle retourne d’urgence à Yaoundé. Aboubakar était tombé malade. Lucien devait rester encore un peu à Douala. Maman Claudine aussi avait une chose grave à lui apprendre…

Chapitre 7

Mission : le dossier d’Abou.
Angélique avait laissé Lucien pour se rendre à Yaoundé. Grâce au scooter qu’elle et Lucien avaient volé, elle était allée jusqu’à Edéa. De là, elle avait pris un taxi et avait dit au chauffeur :
- Amenez-moi le plus vite possible à Yaoundé, et si vous êtes très rapide, je vous donnerai le double d’argent ! Le chauffeur de taxi avait roulé comme un fou, doublé à droite, pris des voies à contre sens, grillé tous les feux rouges. Elle avait bien cru mourir plusieurs fois.
Arrivée devant l’hôpital, elle avait un mauvais pressentiment, et pensait déjà au pire…

Elle rencontra un médecin en blouse blanche qui dit s’appeler monsieur Rafiki. Il était grand, mince, il portait des lunettes qui cachaient un regard fuyant. Il n’était pas clair…
- Mademoiselle… rassurez-vous, il n’y a rien de grave, enfin…je ne peux rien vous dire pour le moment, mais il n’y a rien de grave.
- Je peux le voir tout de même ?
- Ce n’est pas possible tout de suite.
- Alors ça doit être grave !
- Non, Mademoiselle, il n’y a rien de grave.
- Mais pourquoi est-il encore à l’hôpital ?
- Je viens de vous le dire, on ne peut pas encore se prononcer de façon définitive, mais ce n’est pas grave. Maintenant je dois vous laisser, j’ai à faire…
Angélique était morte d’inquiétude, les explications du médecin ne l’avaient pas du tout rassurée. Il fallait absolument en savoir plus sur la maladie d’Aboubakar, et elle ne voyait qu’un moyen rapide et efficace : c’était de s’infiltrer discrètement dans les bureaux pour consulter les dossiers des malades. Mais il valait mieux attendre la nuit. Elle décida de se planter dans un café jusqu’à onze heures du soir avant de revenir…
L’hôpital de Yaoundé avait la forme d’un immense bloc carré, et à l’intérieur c’était un vrai labyrinthe. Angélique entra. Personne à l’accueil. Elle prit un couloir et ouvrit une porte au hasard. Dans une petite pièce, elle trouva une blouse blanche et un bonnet qu’elle enfila rapidement. Elle ressortit et alla jusqu’aux bureaux pour consulter le dossier de son frère. Mais une aide-soignante la remarqua. Elle lui dit :
- Qui êtes-vous ? Que faites-vous ici ?
- Euh… je m’appelle Leila, je suis une stagiaire.
- Que cherchez-vous ? A cette heure-ci, il n’y a plus de stagiaire.
- En fait c’est le docteur Rafiki qui m’a demandé de rester…
L’aide-soignante la laissa passer. Angélique alla vers les bureaux. Il fallait en finir au plus vite. Sa conversation avec l’aide-soignante ne la rassurait pas. Elle passa dans les couloirs mais elle tournait en rond, et bientôt, elle se retrouva au même point. Par chance, elle vit un plan. C’était au huitième étage. Elle prit l’ascenseur et monta au huitième. Là elle trouva le tableau du plan de l’étage. Elle était arrivée. Elle entra dans un bureau, ouvrit une vingtaine de tiroirs et enfin, elle pu lire le dossier médical de son frère…
Elle l’ouvrit. Cela faisait longtemps qu’elle attendait ce moment. Elle était impatiente et en même temps elle avait peur de ce qu’elle allait lire. Tous les examens médicaux et tous les résultats y étaient inscrits. Mais le risque de se faire surprendre était trop grand. Elle sortit du bureau, et arriva dans le couloir. Seulement elle ne se souvenait plus si elle était venue de la gauche ou de la droite… Alors elle partit au hasard. Elle arpentait les couloirs de l’hôpital en se répétant : « il faut que tu trouves la sortie, il faut que tu trouves la sortie si tu ne veux pas avoir des ennuis ». Elle avait encore plus peur de se faire arrêter avec le dossier médical. Soudain, elle aperçut le docteur Rafiki qui la reconnut tout de suite. Il cria :
- Na wéti ? Qu’est-ce que vous faites là ?
Immédiatement elle fit demi-tour et se mit à courir. Mais le docteur se mit à courir aussi pour la rattraper. Elle prit les escaliers, il la poursuivait toujours. Il cria encore :
- Arrête ! Je sais qui tu es ! Je vais te charger ! Ça gâte pour toi !
Heureusement elle trouva la sortie. Dans la rue elle bouscula tout le monde en criant : « passe-moi, passe-moi ! ». Visiblement Rafiki avait abandonné la poursuite. Elle retourna jusqu’à sa chambre d’hôtel pour lire enfin le dossier. « Symptômes du patient à son arrivée à l’hôpital : forte fièvre, diarrhée, vomissements, douleurs abdominales, saignement du nez et des gencives, problèmes respiratoires… Après analyses approfondies, le diagnostic de grippe aviaire est confirmé. Patient à traiter le plus vite possible. Prescription de Tamiflu… ». Angélique était sous le choc.

Chapitre 8

C’est donc la grippe aviaire. Et à coup sûr c’est au Maquis qu’il a mangé le poulet contaminé. Les médecins n’ont pas voulu le lui dire, mais elle l’a su quand même. Il faut absolument lui sauver la vie. Lucien lui a conseillé de l’envoyer en Europe pour le faire soigner. Mais pour ça il faut de l’argent, beaucoup d’argent, pour le voyage et les soins. Comment faire ?

Le lendemain de sa première visite à l’hôpital, les médecins acceptèrent enfin qu’Angélique voie son frère. Elle entra dans sa chambre.
- Ah ! C’est toi. Alors ? Est-ce qu’on va enfin me dire ce que j’ai ?
- Je vais te dire la vérité, Aboubakar. Tu es très malade. Ce n’est pas qu’une simple grippe, c’est la grippe aviaire…
- Quoi ??
- Tu as le virus de la grippe aviaire.
- Ça veut dire que je peux mourir ?
- Pas forcément, mais il y a des risques…
- Les risques sont maximums ou minimums ?
- Je ne sais pas. Le docteur n’a pas voulu parler, mais j’ai pu lire en cachette ton dossier médical.
Elle se mit à pleurer. Lui se mit à pleurer aussi.
- Ecoute Angélique, ne pleure pas, je suis sûr qu’on peut trouver une solution. Je connais du monde dans le milieu du football. Il y a des dirigeants bourrés de fric qui peuvent nous aider… Je peux demander une avance sur salaire à mon entraîneur. Il ne pourra pas me la refuser.
- Et si ça ne marche pas ?
- Pourquoi voudrais-tu que ça ne marche pas ?
- Mais parce que ta carrière est peut-être déjà finie avec cette maladie !
Aboubakar recommença à pleurer.
Dire qu’il y a une semaine j’étais au sommet…
- Tu sais, je peux vendre la maison que papa et maman nous ont laissée. Elle est grande, elle a six chambres, on pourrait en tirer un bon prix…, tous mes meubles, les bijoux que Maman m’a donnés…
- ça ne suffira jamais ! Et puis où est-ce que tu iras vivre si tu n’as plus de maison ?
- On peut vendre les meubles, les bijoux de grand-mère, je les ai encore, ils ont beaucoup de valeur tu sais… Et maman a laissé des robes de soirée qu’elle mettait dans les grandes occasions…
- Oh, arrête !
- Je peux emprunter de l’argent à la banque !
- Mais tu as déjà tellement de dettes !
- …. Je suis belle, je sais que je plais beaucoup aux hommes, avec mon physique aussi je pourrais gagner assez d’argent…
- Ah oui ? Tu veux faire la pute ? C’est ça ? Tu veux vendre ton corps pour moi ? C’est n’importe quoi ! Tu veux tout faire pour m’aider mais tu pars dans un dégât ! Te prostituer rien que pour de malheureux billets !
- Des billets qui peuvent te sauver la vie !
- Alors ne viens plus me voir ! Va-t’en ! Je préfère mourir ! Pas question que tu fasses ça pour moi ! Pas question que tu te salisses ! Si maman était encore là, elle t’aurait mis une bonne correction !
- Ne me parle pas de maman !
- Mais s’ils sont morts tous les deux, c’est bien à cause de Haïdar! Tu as peur de la réalité, c’est pourtant bien comme ça que ça s’est passé…
- C’était pas entièrement de sa faute.
- Arrête de prendre sa défense ! C’est avec toutes ses histoires de drogue et d’argent qu’on les a assassinés !
- C’est notre frère à tous les deux…
- Non ! Plus maintenant… Tout ce qu’il a fait c’était pour de sales billets CFA…Il m’a souillé, et toi aussi !
- Mais il peut nous aider…
- Tu es folle ou quoi ? C’est fini ! Et ça fait dix ans qu’on a juré tous les deux qu’on ne lui parlerait plus jamais ! Je préfère mourir !
- Et moi je ne veux pas que tu meurs ! On a besoin de lui ! Ne me dis pas non…

Chapitre 9

Le scandale des poulets contaminés commençait à se répandre. Il apprit par la radio qu’un jeune footballeur était parmi les victimes et qu’il était à l’hôpital. Il décida d’appeler sa sœur, Angélique, ce qu’il n’avait pas fait depuis dix ans…
- Allô Angélique ?…
- Oui…
- C’est Haïdar.
- Oh mon Dieu ! Tu es au courant pour Aboubakar ?
- Oui. Retrouve-moi sur la grand’place d’ici une heure.

Arrivée à l’endroit, elle l’aperçut, et le reconnut tout de suite.
- Comment nous as-tu retrouvés ?
- Qu’est-ce que tu crois ? Depuis le début je me renseigne sur vous deux… Je sais que tu as besoin d’argent pour le sauver, et je peux t’en donner.
- J’avais des doutes mais là je commence à comprendre. T’es vraiment un salaud…S’il est malade c’est bien à cause de toi.
- Comment ça à cause de moi ?
- C’est toi qui l’as empoisonné ! Je sais que tu es à la tête de tout le trafic.
- Comment tu peux m’accuser ?
- Comment je peux t’accuser ? Parce que j’ai des preuves ! Des photos, des documents… Je peux te charger !
- Je ne pouvais pas prévoir qu’Aboubakar serait empoisonné. C’est vraiment pas de chance…
- T’es le dernier des salauds ! Moi je n’en dors plus depuis que je sais qu’il est malade et qu’il peut mourir. Tu le sais ça ?
- Arrête de me parler comme ça ou je pourrais faire le pire…
- Qu’est-ce que t’appelles le pire ?
- Dans la seconde qui suit je peux faire tuer ton ami Lucien Cerise.
- T’oserais faire ça en plus ?
- Ne me prends pas pour un imbécile.
- Si tu crois que je vais me laisser impressionner, tu te trompes.
- Ne me regarde pas avec ces yeux…
Angélique lui mit une violente claque dans la figure. Haïdar ne bougea pas. Il lui dit :
- Je pourrais te tuer… Continue comme ça et tu te débrouilleras seule pour soigner Aboubakar.
- Tu me tuerais et tu laisserais mourir ton frère ? Tu en serais vraiment capable ?
- On a assez parlé. Je vais te donner un rendez-vous, moi ou quelqu’un d’autre t’apportera tout l’argent que tu veux, et après ce sera terminé.
- Quand et où ?
- Près du stade, demain, à dix-huit heures.

Le lendemain, à l’heure convenue, un homme s’approcha d’elle et lui remit une enveloppe.
- Tu viens de la part de Haïdar ? Tu as même l’argent ?
- Oui. Tout est dans l’enveloppe.
- Comment t’appelles-tu ?
- Marius.
- Pourquoi je devrais te faire confiance ?
- Parce qu’il m’a donné un mot pour toi…
Il lui donna un bout de papier sur lequel il était écrit : « Angélique, excuse-moi de ne pas être venu. Je suis désolé de ce qui arrive à Aboubakar…Je sais que tu m’en veux énormément, mais ce qui est fait est fait. On ne peut jamais revenir en arrière. Je fais des saloperies, je les assume. Dans le milieu où je vis, soit tu exécutes soit tu te fais exécuter, c’est comme ça. Excuse-moi encore une fois. Adieu. »

Chapitre 10

Il avait demandé à ses deux hommes de confiance d’emmener le corps de Dieudonné au large et de le jeter par-dessus bord. Pourtant, deux jours plus tard, le corps refaisait surface, échoué sur une plage. Un vieux pêcheur était tombé dessus par hasard. Il avait décidé de prévenir Maman Claudine. Comme elle n’était pas très rassurée, elle avait appelé Lucien…
Dans l’angoisse ils allèrent ensemble sur la plage pour voir le corps. Le temps était gris, il pleuvait. La plage était sale. C’était une des plages de Douala où les égouts de la ville se déversent dans la mer. En avançant, ils marchaient parmi les plastiques et les détritus. Ils arrivèrent à l’endroit du corps. Il était déjà en état de décomposition mais c’était bien Dieudonné. Il était sur le ventre. Il avait encore son pantalon mais il n’avait plus de chemise. Lucien et Maman Claudine étaient choqués. Ils restèrent là, en silence pendant plusieurs minutes sans pouvoir bouger ni parler, dans le silence. Au bout d’un moment, Lucien entendit Maman Claudine sangloter. Lui suait fortement. Il la vit s’évanouir et tomber sur le sable. Tout de suite il se mit à genoux pour la ranimer en lui donnant des petites tapes sur les joues. Elle reprit ses esprits puis elle voulut s’enfuir. Lucien la rattrapa. Il lui dit : « Allons Maman, courage, il faut le faire… ».
Lucien revint vers le corps de Dieudonné. Il se pencha et le retourna doucement. Il avait très peur, il tremblait. Mais il devait absolument l’examiner pour trouver des indices. Maman Claudine reconnut son alliance. Ils fouillèrent ses poches. Ils y trouvèrent un briquet portant une adresse d’un bar de Douala. Maman Claudine connaissait l’adresse… Il faut aller là-bas dit Lucien.
Ils retournèrent en ville. Arrivés sur place. C’était un petit bar sombre et tout enfumé. Ils posèrent des questions au chef. Il avait vu Dieudonné quelques semaines auparavant en compagnie de Marius, un mafieux connu dans le coin… L’homme leur dit que pour le moment Marius n’était pas là, mais qu’il devrait arriver d’ici peu de temps. Ils retournèrent chez Maman Claudine pour se préparer. Elle avait chez elle un revolver et un couteau qu’elle cacha dans ses poches. Ils allèrent au bar une seconde fois. Marius était là… Maman Claudine parla la première :
- Comme je l’ai su par le patron du bar, tu as vu Dieudonné ici la veille de sa disparition…
- Marius ne répondit pas. Lucien dit :
- Pourquoi tu ne réponds pas ? Tu as des reproches à te faire ?
- Marius ne répondait toujours pas. Maman Claudine lui dit :
- Si tu ne réponds pas, ça va mal se passer. On appelle la police et tu te feras arrêter.
- Marius rit et dit :
- Tu crois que j’ai peur de la police ?
Maman Claudine s’énerva. Elle sortit le couteau de sa poche et lui mit sous la gorge.
- Dis-moi toute la vérité ou je te tue.
- OK, dit Marius, mais si je parle vous me laissez partir.
- Jure-nous que tu diras la vérité.
- Je vous le jure.
- Viens derrière lui, Lucien, qu’il ne fasse pas un coup de vicieux.
Ils descendirent tous les trois à la cave du bar et s’enfermèrent pour être plus tranquilles pour parler.

Chapitre 11

Il est déjà quatre heures de l’après-midi. Cela fait maintenant plus d’une heure qu’il roule pour se rendre au Maquis. C’est là qu’on lui a dit d’aller pour vérifier que les poulets étaient bien arrivés…
Sur la route, il reçoit un coup de téléphone de Cent Tonnes qui ne le rassure pas : la police rôde aux alentours du restaurant, sans qu’on sache bien pourquoi. Il va falloir la jouer très discret pour ne pas attirer l’attention. Il sait bien que les poulets sont contaminés, et que la police pourrait rapidement avoir un doute vu que la cargaison arrive directement de Thaïlande. Mais ça vaut vraiment le coup, et la patronne du restaurant le sait car elle fait un énorme bénéfice sur l’achat des volailles. Les clients eux, ne peuvent pas s’en apercevoir…

« Il est bientôt six heures du soir, les premiers clients vont arriver. Il est tant de commencer à préparer les plats », se dit Maman Claudine. Elle alla chercher les poulets arrivés dans l’après-midi… Elle attrapa le premier par les ailes puis par les pattes, et le pendit à l’aide d’une corde, la tête en bas. Ensuite elle alla chercher un couteau très long et bien aiguisé qu’elle enfonça dans la gorge du poulet pour le saigner… Au bout de quelques minutes, une vingtaine de poulets étaient pendus et saignaient ou étaient déjà morts. Elle appela ses employés pour qu’ils les plument et les vident sans perdre de temps. Puis elle retourna à la cuisine. Elle posa le premier poulet sur une planche, attrapa sa hache de cuisine et coupa chaque partie du corps du poulet. Son travail était rapide et professionnel, on voyait à ses mouvements qu’elle était très expérimentée. En quelques minutes, la vingtaine de poulets était déjà préparée. Elle les mit dans des marmites et prépara une sauce très épicée. C’est à ce moment qu’elle entendit Lucien arriver…
- Tiens ! Maman Claudine…
- Bonjour Lucien. Euh, il faudra que tu reviennes plus tard car le restaurant n’est pas encore ouvert. Nous avons du travail.
- Je ne suis pas venu pour manger mais pour te poser une question.
- A propos de quoi ?
- Sur la provenance des poulets qu’on mange ici, au Maquis.
- Je n’ai rien à te dire. Et puis cela ne te regarde pas.
- Je crois que si au contraire…
A ce moment-là, Maman Claudine reprit son couteau et le pointa vers Lucien.
- Va t’en d’ici ! Et je te tue si tu oses revenir !
Mais Lucien n’avait pas peur. Il lui attrapa le poignet et lui mit une claque, mais elle lui planta le couteau dans le bras. Malgré la douleur, Lucien ne lâcha pas l’affaire. Il lui prit le couteau et répliqua :
- Tu ne me fais pas peur, et tu ferais mieux d’avouer. Je sais tout. Mais si tu n’avoues pas, je te le ferai payer cher. Maintenant parle !
- De toute façon j’en ai assez de garder tout ça pour moi. C’est vrai, je savais que les poulets étaient contaminés, et c’est pour cela qu’on les payait aussi peu cher, mais je ne peux pas te dire leur provenance. Si je parle, je mets ma vie en danger.
- Ah oui ? C’est surtout la vie des femmes et des hommes qui sont venus manger ici que tu as mis en danger ! Tout ça pour payer moins cher le poulet !
- Non ! Je t’assure que je ne savais pas que c’était si grave !
- Dis-moi qui te les a vendus.
- Je ne peux pas.
- Réfléchis bien. Tu peux encore sauver des vies…
- Je ne pensais pas que ça irait aussi loin… Je ne peux pas. Appelle la police si tu veux.
- Allez ! Il n’est pas trop tard. Tous ces gens sont malades par ta faute. Combien de fois vais-je devoir te le répéter ? Après tous ces mensonges, donne-moi une réponse valable et pas une réponse minable !
- Je ne peux pas.
- Alors il vaut mieux que je prévienne la police. Au moins on aura une réponse et tu auras ce que tu mérites.
- Qu’est-ce que tu me dis ?
- Je dis que je vais appeler la police. Le restaurant va fermer, tu vas tout perdre et tu iras en prison pendant des années. Si tu parles, ta peine sera peut-être moins longue, les mafieux seront arrêtés.
- Les poulets viennent de Thaïlande. Ils arrivent par bateau à Douala. On sait qu’ils sont contaminés mais on ne pensait pas que c’était dangereux pour l’homme. Vu le prix, ça valait la peine de les acheter. Alors je n’ai pas hésité…
- Tu vas venir avec moi à la police et leur raconter tout ce que tu viens de me dire.
- D’accord.
- Tu iras en prison et tu attendras ton procès.

Chapitre 12

Après avoir attendu trois heures devant le Maquis, il avait remonté la rue et était allé attendre devant l’hôtel.
C’était aussi du côté de l’hôtel qu’il se passait des choses bizarres… Par exemple une fois, il avait vu des échanges de valises, une camionnette dans laquelle on chargeait et déchargeait des caisses, des hommes qui se croisaient sans arrêt. Ce jour-là il s’était approché et il avait pu lire sur une des caisses : « ATTENTION DANGER NE PAS SECOUER »…
Mais ce soir-là, tout était calme… Sauf que la camionnette était encore garée là !
Tout à coup, son regard fut attiré par un homme d’une trentaine d’années, musclé et mince, short bleu, maillot noir et baskets Nike, qu’il avait vu remonter la rue jusqu’à la camionnette. Il avait été chercher un bidon, et redescendait vers le Maquis. Il décida de le suivre, mais d’assez loin pour ne pas se faire repérer.
Quand il arriva non loin du restaurant, il était déjà trop tard. Des flammes commençaient à sortir des fenêtres de la façade, mais il croisa l’homme qui remontait à sa camionnette. Il eut le temps de bien le voir, en particulier son visage. Il était chauve, avait de grosses lèvres et portait un anneau à chaque oreille, un petit à droite, et un gros à gauche. Ensuite il décida de partir. On entendait déjà la sirène des pompiers. Ils avaient dû être appelés par des gens du quartier. Il ne voulait pas passer pour un suspect.

Chapitre 13

Johnny était arrivé en avance au rendez-vous et attendait tranquillement.
A l’heure prévue, l’autre arriva. C’était un homme d’une trentaine d’années, de taille moyenne, plutôt musclé mais mince. Il portait un short bleu, un maillot noir et des baskets Nike… et il était nerveux.
Sans même lui dire bonjour, Johnny lui demanda si le Maquis avait bien brûlé et si personne ne l’avait vu en train de mettre le feu. L’autre lui dit que non, que tout s’était passé comme prévu, et que maintenant il voulait son argent. Johnny lui dit de se calmer. Avant de lui donner l’enveloppe, il voulait savoir exactement comment les choses s’étaient passées. L’autre lui dit : « Comme j’étais un habitué du Maquis, j’avais déjà remarqué où Maman Claudine accrochait son double de clés. Au petit matin, au moment de la fermeture du restaurant, je les ai récupérées et je suis allé chercher un bidon d’essence. Je suis revenu au restaurant, j’ai tout aspergé d’essence l’intérieur et l’extérieur, et j’ai mis le feu. Après je me suis enfui en courant. Et personne ne m’a vu ».
Mais Johnny n’était pas satisfait. Il lui dit qu’il n’avait pas l’argent sur lui et qu’il devait le suivre jusqu’à un autre endroit pour le récupérer… Johnny passa un coup de téléphone et une grosse Mercedes noire avec vitres teintées arriva. Ils montèrent dedans. Haïdar, plus connu sous le nom de « Cent Tonnes », était à l’intérieur...
Sans dire un mot, ils roulèrent vers la forêt à l’extérieur de la ville, vers Ngolambélé. La forêt était dense, sombre avec de grands arbres effrayants, des oncalamus, des laccosperma. On entendait des cris d’oiseaux et d’autres animaux, des fauves, un marozi ou un ikimissi. La voiture s’arrêta. Johnny dit à l’homme de sortir et de ne pas bouger. Il alla à l’arrière de la voiture, ouvrit le coffre et sortit une faucille. Il s’approcha de lui et le frappa à la tête et à la gorge. L’homme tomba. Il était mort. Ensuite Johnny sortit une pelle et une pioche du coffre et creusa pour y mettre le cadavre et effacer toute trace du crime.

Chapitre 14

Depuis quelques temps déjà, il avait compris que Lucien et Angélique enquêtaient sur le même trafic de poulets contaminés. Maintenant que le Maquis avait brûlé et que beaucoup de preuves avaient disparu, il décida de les contacter…
- Allô, Monsieur Cerise ?
- Oui, qui est à l’appareil ?
- Vous ne connaissez pas mon nom, mais j’ai des informations à vous donner concernant l’incendie du Maquis. Venez derrière l’hôtel aujourd’hui même à 15 heures.
Et il raccrocha. Lucien et Angélique n’étaient pas très rassurés mais il fallait en savoir plus.
Ils allèrent au rendez-vous, et reconnurent « l’homme au chapeau » qui attendait toujours des heures devant le restaurant.
- Bonjour. C’est moi qui vous ai téléphoné. J’ai des choses graves à vous dire.
- Bonjour. Nous vous reconnaissons, mais comment vous appelez-vous ?
- Je m’appelle Abdel Louidys. Il y a déjà plusieurs mois, je suis venu à Yaoundé avec ma fille. Il était midi, la faim nous pourchassait tout les deux et nous avons décidé d’entrer dans ce restaurant Le Maquis, pour manger un bon poulet à la banane verte…
- Que s’est-il passé ? demanda Angélique.
- Elle a attrapé la grippe aviaire. Sur le coup nous n’avons rien remarqué bien sûr, mais quelques jours plus tard, elle est tombée malade. Ça ressemblait à la grippe. Elle est restée couchée, je suis resté près d’elle, et un matin elle ne s’est pas réveillée. Alors j’ai compris que c’était fini…
- C’est affreux… Quel âge avait votre fille ?
- Huit ans… Un soir, elle était toute pâle. Elle m’a dit qu’elle ne se sentait pas bien. Le lendemain, elle est restée couchée, à dormir. Puis elle a commencé à souffrir. J’ai appelé un médecin qui a parlé d’une simple grippe sans gravité. Il fallait attendre que cela se passe. Quelques jours après, un matin, je me suis levé pour aller la voir. Elle ne respirait plus… J’ai pleuré, pleuré toutes les larmes de mon corps, c’était fini, je savais que je l’avait perdue. Après, j’ai senti la haine qui montait en moi. J’ai voulu savoir ce qui c’était passé, et j’ai commencé à enquêter.
- Que savez-vous sur le trafic de poulets contaminés ? demanda Lucien.
- Je crois que la mafia camerounaise est derrière tout ça. En attendant devant l’hôtel en haut de la rue, j’ai vu des hommes entrer et sortir avec des caisses d’armes, s’échanger des valises. Et j’ai vu celui qui a brûlé le Maquis. Il avait la même camionnette que ceux qui s’échangeaient les armes.
- Nous aussi nous avons des preuves, dit Lucien. Nous savons que ce sont bien des poulets qui étaient déchargés sur le « Fight For Life » à Douala, et qu’ils ont été transportés jusqu’ici.
- Comment l’avez-vous appris ? demanda l’homme au chapeau.
- Nous avons vu tout ça car nous étions dans les cales du bateau, derrière les caisses ! dit Angélique.
- Et que nous avons entendu des conversations, ajouta Lucien… Sans parler des photos... Elles étaient sur l’ordinateur d’Angélique qui était resté au Maquis. Mais heureusement, elle me les a envoyées avant que tout brûle. Maintenant, il faut raconter tout ça à la police.
- Vous croyez qu’on peut leur faire confiance ?
- Mais oui, bien sûr !
Ils allèrent ensemble au commissariat. Le policier qu’ils connaissaient était Habib Benavou. C’était un habitué du Maquis. Son surnom était « Mange Mille » (francs CFA), car comme beaucoup de policiers au Cameroun, il était « un peu » corrompu…
- Bonjour, vous venez pourquoi ?
- Bonjour M. Benavou, c’est gentil de nous recevoir. Nous avons des informations sur l’incendie du Maquis et sur le trafic qui était organisé à l’intérieur. On a besoin de votre aide dans cette affaire. Il s’agit en fait d’un énorme scandale.
- Ah oui ? Ecoutez, je veux bien le croire, mais en ce moment, nous sommes débordés. Je suis moi-même déjà sur plusieurs enquêtes. Ça serait vraiment difficile que je m’occupe en plus de celle-ci.
- Pourtant vous nous aviez promis de nous aider en cas de problème…
- Oui, je sais, mais là c’est impossible. Revenez me voir un peu plus tard.
- Cette affaire est très grave ! dit Lucien.
- Bon ça suffit ! Je vais maintenant vous demander de sortir. Et merci d’être passés !
- Bien. Alors, au revoir, dit Angélique.
- Et ils sortirent du commissariat.
- J’en étais sûr ! On ne peut pas compter sur ce type-là, dit Lucien.
- Attendez, dit Angélique, ce n’est pas terminé. J’ai une idée qui va vous épater !
- Ah oui ? Laquelle ? demanda Lucien.
- Tu vas voir…

Chapitre 15

Après l’échec de la tentative pour dénoncer tout le trafic à la police, les trois amis décidèrent de passer par la voie de la presse : Angélique voulait publier un article pour dénoncer le scandale et ses auteurs, et enfin avertir la population.

Elle se rendit au siège du journal, avec Lucien pour plus de sûreté, pour voir son rédacteur en chef. Elle avait besoin de son accord pour que son article paraisse en « Une » et en gros caractères.
- Ecoute Angélique, non, en « Une » ce n’est pas possible. En page 4, il sera très bien.
- Je ne suis pas d’accord. C’est trop important, il doit paraître en « Une ».
- On a plein d’autres titres à mettre en « Une ».
- Ah bon ? Tout ce trafic, tous les morts qu’il y a eu, ce n’est pas important ? Tout le Cameroun est concerné ! Tu verras en plus comme les ventes vont augmenter… On doit le faire !
- Je sais bien, mais il y a des gros risques, des menaces de mort même. C’est comme ça avec la mafia. Moi j’ai peur pour ma femme, mes enfants. Et rappelle-toi comment Dieudonné a été assassiné !
- Je comprends ton inquiétude, mais cet article peut sauver des milliers de vies. Si on révèle tout le scandale ignoble, l’Etat pourra soigner et indemniser les victimes. D’accord il y a des risques énormes pour nous tous, mais allons-y, déballons tout !

Chapitre 16

Comme tous les matins, Cent Tonnes se faisait apporter son journal dans son bureau. Mais là, le journal n’annonçait pas des bonnes nouvelles : le scandale des poulets contaminés était dénoncé, son nom était cité et il était recherché par la police…
Il téléphona à Mange Mille, son ami le commissaire :
- C’est Cent Tonnes. Il faut que tu m’aides à quitter le pays, le plus vite possible.
- Je peux t’aider. Où veux-tu aller ?
- Au Nigeria, à Jaungo. J’ai des amis là-bas. Il faut que je me fasse oublier pendant quelques temps. Peut-être même que j’y resterai.
- Pourquoi pas… Avec quelle voiture tu comptes partir ?
- Un vieux 4x4 Toyota. Il a des fausses plaques d’immatriculation… J’aurai aussi bien sûr un faux passeport et des vêtements pas trop voyants.
- Bien. Je donne des consignes pour qu’on te laisse passer, mais il faut que tu partes sur le champ.
Cent Tonnes prit la direction du Nigeria par la route de Bafoussam et Bamenda mais tout ne se passa pas comme prévu. Arrivé à la frontière, un garde l’arrêta et lui demanda ses papiers. Il le fit attendre plusieurs minutes. Quand il revint enfin, Cent Tonnes comprit qu’il s’était fait repérer. Il sortit un gun silencieux, tira sur le garde une balle en plein cœur sans lui laisser aucune chance, et démarra à toute vitesse. Une brigade avec plusieurs voitures se mit à sa poursuite. La route était mauvaise, pleine de virages et passait près des ravins. Cent Tonnes roulait à fond. Soudain, il prit un virage en épingle sur la gauche, la voiture dérapa et bascula dans un ravin en faisant plusieurs tonneaux. La police arriva sur le lieu de l’accident. Il fallut du temps aux policiers pour arriver jusqu’à la voiture, mais quand ils la fouillèrent, Cent Tonnes avait disparu.
Ils le cherchèrent longtemps, firent des battues dans les environs pendant plusieurs jours, mais sans résultat. Ils ne le retrouvèrent jamais.

Epilogue

Quelques jours après cet épisode, Lucien décida d’inviter Angélique dans un restaurant de Yaoundé. Ils étaient un peu soulagés. Le gouvernement avait annoncé que des mesures allaient être prises pour aider les victimes et mieux contrôler les arrivées de poulets. Aboubakar était parti en France pour se faire soigner. Ils reparlèrent de tout ce qui s’était passé depuis que Lucien était arrivé. Tous ces événements les avaient rapprochés. Lucien dit :
- Tu te souviens des premiers jours au Maquis, quand on ne se connaissait pas encore ? Tu m’étais indifférente…
- Ah bon ? Je pensais que c’était le contraire vu comme tu me regardais !
- Tu te trompais. Mais maintenant je pense que je ressens quelque chose pour toi.
- C’est réciproque…
- Je l’espère bien car moi je suis très sincère !
- Moi aussi. Tu sais à quoi je pense ?
- Non…
- Je pense à la suite de notre histoire. Je me disais que nous pourrions reconstruire le Maquis, relancer le restaurant.
- J’y songe moi aussi. Et je songe à quelque chose d’autre. Je ne sais comment te le dire, j’ai un peu peur de ta réaction…
- Dis-moi tout, je t’écoute.
- Alors Lucien se mit à genoux et lui dit :
- Veux-tu m’épouser ?
- Angélique lui fit un grand sourire et dit :
- Oui !
Et ils s’embrassèrent tendrement…

 

Nouvelle de la classe de 2de VAMB du LP La Peupleraie de Sallaumines / Enseignant : Mr Omont