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romanphoto

C'est arrivé dans mon quartier

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Cette expérience un peu folle...

... a été menée avec la collaboration de deux écrivains : Nestor Martinez – salvadorien – et Roger Facon – français.
Elle a débouché sur la publication d’un livre en édition bilingue et la production d’une exposition reprenant les pages agrandies des deux romans photo.

Ce projet a été réalisé avec le soutien du Festival de l’eau de la Porte du Hainaut et du Printemps Culturel du Valenciennois.

Banlieue de San Salvador, de jeunes membres de la Mara 18 – l’une des deux grandes bandes de jeunes délinquants qui terrorisent l’Amérique Centrale. Denain, nord de la France, d’autres jeunes résidant Faubourg Duchâteau – un "quartier sensible".

Avec chacun des groupes, je réalise un roman photo prenant son quartier pour théâtre...

San Salvador / Le Baiser de la Ciguanaba

Le quartier de la Campanera, dans la banlieue de San Salvador, est un bastion de la Mara 18, l’une des deux grandes bandes de jeunes délinquants qui font trembler l’Amérique Centrale.
Ce sera le théâtre de notre roman photo.
Dans le projet initial, les pandilleros (membres de la bande) doivent en être les acteurs.
Je coordonne le projet, assisté par José Cornero (éducateur) et Nestor Martinez (écrivain).
Une quinzaine de jeunes sont présents pour les premières séances de travail, qui ont lieu dans l'église. L'argument du roman est défini collectivement et nous ébauchons les grandes lignes du scénario : ll y sera question de la Ciguanaba (un être tiré de la mythologie populaire salvadorienne), d'escadrons de la mort et de "nettoyage social".
Les prises de vue commencent quelques jours plus tard… et avec elles les ennuis. Car la police profite de l'occasion pour interpeller plusieurs membres du gang, arguant de la mise en oeuvre du Plan Mano Dura et de la Loi Anti-Maras (ensemble de mesures ultra sécuritaires qui prétendent régler le problème de la délinquance par une répression tous azimuts).
Se jugeant trop menacée, la bande renonce alors à poursuivre le travail entrepris... Ce qui nous contraint à remanier le scénario - qui intègre cependant les scènes déjà mises en boîte - et à faire appel à des étudiants de l'Université Nationale de San Salvador pour suppléer au forfait de nos acteurs.
Résultat de cette expérience, Le baiser de la Ciguanaba est finalement achevé in extremis, la veille de mon retour en France.

Philippe Revelli

Denain / FG 220

Le Faubourg Duchâteau, à Denain, est un lieu emblématique que les taggueurs ont appelé "FG 220" pour mieux se l’approprier.
Car à l’instar des arbres du faubourg, ils souffrent de déracinement. Ils ont besoin de marquer leur territoire.
Ils se nomment Laïla, Aïcha, Ali, Hamid, Youssef… Leurs parents ont quitté un jour le « bled », les montagnes du Maroc et de l’Algérie, pour céder aux sirènes des patrons de la mine et de la métallurgie française. Ils se sont installés à Denain. Ils ont connu les vexations, les cadences infernales, la silicose, les fumées de hauts fourneaux.
Juste avant le chômage et les affres de la reconversion. Ils sont restés. Quoi de plus naturel ? Ils aiment Denain.
Ils ont aussi la nostalgie du "bled" et s’arrangent pour y emmener les enfants quand ils peuvent.
Alors Laïla, Aïcha, Ali, Hamid, Youssef se sentent d’ici et d’ailleurs… Ça se devine dans leurs tags et dans leurs sourires.
Ça se devine dans l’histoire qu’ils ont choisie de vous raconter, avec leurs amis Pascal, Marie-Jeanne, Isabelle, victimes, eux aussi, de la casse industrielle.
Une histoire enracinée au quotidien dans leur "FG 220". Quoi de plus naturel ?

Roger Facon (écrivain)