Banlieue de San Salvador, de jeunes membres de la Mara
18 – l’une des deux grandes bandes de jeunes délinquants qui terrorisent
l’Amérique Centrale. Denain, nord de la France, d’autres jeunes résidant
Faubourg Duchâteau – un "quartier sensible".
Avec chacun des groupes, je
réalise un roman photo prenant son quartier pour théâtre...
San Salvador / Le Baiser de la Ciguanaba
Le quartier de la Campanera,
dans la banlieue de San Salvador, est un bastion de la Mara 18, l’une des
deux grandes bandes de jeunes délinquants qui font trembler l’Amérique
Centrale.
Ce sera le théâtre de notre roman photo.
Dans le projet initial, les pandilleros (membres de la bande) doivent en
être les acteurs.
Je coordonne le projet, assisté par José Cornero (éducateur) et Nestor
Martinez (écrivain).
Une quinzaine de jeunes sont présents pour les premières séances de
travail, qui ont lieu dans l'église. L'argument du roman est défini
collectivement et nous ébauchons les grandes lignes du scénario : ll y
sera question de la Ciguanaba (un être tiré de la mythologie populaire
salvadorienne), d'escadrons de la mort et de "nettoyage social".
Les prises de vue commencent quelques jours plus tard… et avec elles les
ennuis. Car la police profite de l'occasion pour interpeller plusieurs
membres du gang, arguant de la mise en oeuvre du Plan Mano Dura et de la
Loi Anti-Maras (ensemble de mesures ultra sécuritaires qui prétendent
régler le problème de la délinquance par une répression tous azimuts).
Se jugeant trop menacée, la bande renonce alors à poursuivre le travail
entrepris... Ce qui nous contraint à remanier le scénario - qui intègre
cependant les scènes déjà mises en boîte - et à faire appel à des
étudiants de l'Université Nationale de San Salvador pour suppléer au
forfait de nos acteurs.
Résultat de cette expérience, Le baiser de la Ciguanaba est finalement
achevé in extremis, la veille de mon retour en France.
Philippe Revelli
Denain / FG 220
Le Faubourg Duchâteau, à Denain, est un lieu emblématique que les
taggueurs ont appelé "FG 220" pour mieux se l’approprier.
Car à l’instar des arbres du faubourg, ils souffrent de déracinement. Ils
ont besoin de marquer leur territoire.
Ils se nomment Laïla, Aïcha, Ali, Hamid, Youssef… Leurs parents ont quitté
un jour le « bled », les montagnes du Maroc et de l’Algérie, pour céder
aux sirènes des patrons de la mine et de la métallurgie française. Ils se
sont installés à Denain. Ils ont connu les vexations, les cadences
infernales, la silicose, les fumées de hauts fourneaux.
Juste avant le chômage et les affres de la reconversion. Ils sont restés.
Quoi de plus naturel ? Ils aiment Denain.
Ils ont aussi la nostalgie du "bled" et s’arrangent pour y emmener les
enfants quand ils peuvent.
Alors Laïla, Aïcha, Ali, Hamid, Youssef se sentent d’ici et d’ailleurs… Ça
se devine dans leurs tags et dans leurs sourires.
Ça se devine dans l’histoire qu’ils ont choisie de vous raconter, avec
leurs amis Pascal, Marie-Jeanne, Isabelle, victimes, eux aussi, de la
casse industrielle.
Une histoire enracinée au quotidien dans leur "FG 220". Quoi de plus
naturel ?
Roger Facon (écrivain)