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Le blog de Philippe Revelli

Le lac Titicaca

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VII- Le lac Titicaca

Copacabana, le 15/03/2008

Je vais tenter le tout pour le tout : pour les prendre de vitesse et arriver le premier au lac Titicaca, je fais un crochet par la Bolivie...

* * *

La frontière bolivienne n'est qu'à quelques heures de bus de Porto Velho. Deux tampons supplémentaires sur mon passeport et je passe du portugais à l'espagnol : "adeus Brazil, buenos dias Bolivia" ! Encore deux heures d'avion entre Riberalta et La Paz, et je laisserai derrière moi la chaleur humide de l'Amazonie pour me retrouver dans le froid de la Cordillère des Andes.

Riberalta / Bolivie 2008
Le vol était complet. J'ai assommé le pilote et pris sa place. Une passagère est en retard, mais comme elle a l'air jolie, je l'attends en faisant chauffer les moteurs.

Bolivie 2008
Depuis un moment, le moteur gauche a des ratés, je le surveille du coin de l'oeil. Puis c'est au tour du moteur droit. In extremis, je parviens à atterrir sur l'aéroport de La Paz.

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La Paz, capitale de la Bolivie, est nichée au coeur de la Cordillère des Andes, cette immense chaîne de montagnes qui va de l'isthme centraméricain jusqu'à la Terre de Feu. C'est une ville en pente dont les habitations, empilées dans le plus grand désordre, s'étagent entre 3500 et 4000 mètres d'altitude. En bas, là où le froid est moins vif, les quartiers cossus où résident les métis, en haut, balayés par le vent glacial venu du mont Illimani, les quartiers populaires de Los Altos. Les indiens Aymaras y sont très largement majoritaires. Lors des dernières élections présidentielles, en 2005, c'est grâce à leur vote qu'Evo Morales est devenu le premier président indien du continent. "Très mauvais, très mauvais..." disent aujourd'hui les anciens maîtres du pays, qui voient leurs privilèges menacés et prennent peur quand les "cholos" (un terme péjoratif pour désigner les indiens) descendent dans la rue pour faire respecter leurs droits. Moi, je trouve ça plutot réjouissant et fredonne : "Ah ça ira, ça ira, ça ira..."

La Paz / Bolivie 2008
Evo se frotte le menton, dubitatif : "Un coup d'état contre moi ? Tu crois que la CIA serait derrière tout ça ?"
En arrivant en Bolivie, j'ai passé un coup de fil au Palais présidentiel et Evo Morales a promis de passer me dire bonjour.
A présent, nous buvons une bière au restaurant de l'hôtel Condeza - d'où la vue sur La Paz est imprenable - et je viens d'exposer au président ce que je sais d'Opération Amazone.
"En tout cas, fais gaffe !" Lui dis-je quand nous nous séparons.

La Paz / Bolivie 2008
Jupe, chapeau melon, manta (châle), couverture multicolore... Tout ce qu'il faut pour me déguiser en indienne et passer inaperçu. Je mets tout ça dans un grand sac Tati et m'apprête à payer quand je vois passer les Dupont, Dupond. Mince ! Ils ont eu les mêmes idées que moi !

La Paz / Bolivie 2008
Pour arrondir ses fins de mois, Josefa fait un peu de contrebande entre la Bolivie et le Pérou... Oh ! Pas grand chose. Des produits de beauté qu'elle achète à La Paz et revend à Puno. Cette fois, pourtant, l'affaire semble plus sérieuse. Le type qui l'a contactée par téléphone avait un accent étranger et n'a pas voulu lui révéler le contenu du colis qu'elle devra passer en fraude à la frontière péruvienne. Il lui a donné rendez-vous là, près de la place San Francisco, à dix heures précises... Mais il est bientôt dix heures vingt. "Ay Carajo ! Qu'est-ce qu'il fout ?" Peste Josefa.

La Paz / Bolivie 2008
C'est un couple qui a remis le colis à Josefa. Je décide de les filer.

La Paz / Bolivie 2008
Doña Marcela détourne les yeux en passant devant l'affiche annonçant le prochain combat du Rey Misterio (le Roi Mystère). Le Rey est un catcheur originaire de son village, aussi bête que Silvester Stalonne mais tellement plus beau ! Elle l'a perdu de vue depuis longtemps, mais en est toujours secrètement amoureuse.

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Il y a bien longtemps, la région aujourd'hui recouverte par les eaux du lac Titicaca était une vallée fertile où des communautés d'indiens Aymaras élevaient des lamas, cultivaient le maïs, la pomme de terre et le quinoa. Ils vivaient en paix et rien ne leur était interdit, sauf... Sauf d'aller dans la montagne où était caché le feu sacré.
Ouais, bon, faut pas être bien malin pour deviner la suite : de petits futés s'aventurèrent là ousqu'ils n'avaient pas le droit. Des caméras de surveillance vidéo les repérèrent et les vigiles signalèrent leur présence aux Dieux de ladite montagne. Furieux, ceux-ci ordonnèrent d'ouvrir les portes des cavernes où ils maintenaient captifs une armée de pumas. Les fauves, qui commençaient justement à en avoir marre d'être nourris à la bouillie de maïs, se ruèrent sur les hommes qu'ils dévorèrent jusqu'au dernier - ça faisait beaucoup, mais on leur avait appris à ne rien laisser dans leur assiette et, plutôt que de désobéir, ils préférèrent risquer l'ndigestion.
Quand il apprit la nouvelle le Dieu Inti (Soleil) pleura un jour, pleura deux jours, pleura trois jours... pleura quarante jours et quarante nuits - ce qui, soit dit en passant, n'arrangea pas les choses, car ses larmes faillirent noyer le seul couple d'humains qui avait survécu au massacre. A chialer comme une Madeleine, il finit par inonder la vallée, qui devint un lac - 204 km de long sur 65 km de large et 280 mètres de profondeur : c'était vraiment un gros chagrin !
L'histoire aurait pu s'arrêter là, et le lac nouveau né se serait appelé lac Léman, lac Tanganyika, ou je ne sais comment, mais Inti était toujours en rogne. "Mille millions de mille sabords", hurla-t-il - Inti avait lu et relu "Tintin et le temple du soleil" -, puis il agita son poing vengeur en direction des pumas qui se pétrifièrent aussi sec.
Et l'on baptisa donc "lac des pumas de pierre" (en Aymara titicaca) la vaste étendue d'eau au bord de laquelle me conduisent aujourd'hui les voies impénétrables d'Opération Amazone.

Lac Titicaca - Bolivie 2008
"Allez Papy, grouille-toi..." Doña Marcela houspille son mari et se moque de lui quand il se prend les pieds dans un filin. Elle l'a épousé quand El Rey a quitté le village...

Lac Titicaca / Bolivie 2008
Je profite de la dispute qui éclate entre Doña Marcela et son mari pour me glisser à bord de l'embarcation sans me faire remarquer.

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Et me voici au bord du lac Titicaca. Plus exactement à Copacabana. Une petite ville située en territoire bolivien - le lac Titicaca est partagé entre la Bolivie et le Pérou - et principalement peuplée de touristes. Ici, personne ne se doute que je suis en mission.
Le lendemain de mon arrivée, je décide d'escalader la colline qui domine la ville. On accède au sommet par un escalier de grosses pierres. La pente est raide, avec l'altitude, l'ascension devient vite une épreuve et je m'arrête pour souffler toutes les dix marches. Enfin, je parviens au sommet. Sous mes yeux s'étend l'immensité bleue du lac, ici ou là, ridée par le sillage d'un bateau. En me retournant, j'aperçois en dessous de moi des indiens grimpant la pente. Ils sont équipés de pelles et pioches. Seraient-ils à la recherche d'un trésor ? J'interroge un homme qui vient de déboucher du sentier et s'assied à côté de moi. "La Semaine Sainte approche, m'explique-t-il, le sommet de cette colline est la dernière étape du chemin de croix que parcourt la procession du Vendredi Saint, et nous venons désherber le chemin en prévision de cet événement." Moi qui espérais avoir enfin percé le mystère d'Opération Amazone, je suis un peu déçu.

Copacabana / Lac Titicaca - Bolivie 2008
"Bin min viux ! Ché pire qu'eul mont des Cats, souffle le chef, celui qui porte un chapeau de cowboy.
Mi, j'boro bin un d'mi, pas ti ? Soupire le type au chapeau blanc.
Allez le LOSC !" Les encourage le supporter à casquette jaune.
Le quatrième ne dit rien... Je me demande si ce sont réellement des indiens aymara.

Copacabana / Lac Titicaca - Bolivie 2008
Si le trésor n'est pas caché au sommet de la colline, c'est qu'il est au fond du lac... Heureusement que j'ai emporté mon matériel de plongée sous-marine.

* * *

De Copacabana, en Bolivie, je suis passé à Puno, au Pérou. Il ne me reste plus à présent qu'à rejoindre Lima, dernière étape de ce voyage abracadabrant. Et vous ? Où en êtes-vous ?

Philippe

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