| Philippe REVELLIphotographe |
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Les carnets de voyageNoix de coco et feuilles de coca |
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Noix de coco et feuilles de cocaLundi 11 février 2008 Enfin ! Nous sommes enfin dans l’avion. Cela fait des mois que j’attendais avec impatience ce départ, et nous y voilà enfin. Sous mes yeux l’Océan Atlantique s’étale à perte de vue, et d’ici une heure nous devrions atterrir à Belém, au Brésil, à l’embouchure du fleuve Amazone. Mon père et toute l’équipe ont bien failli devoir annuler le voyage à cause de problèmes diplomatiques. Le Ministères des Affaires Etrangères leur a retiré son autorisation au dernier moment. L’expédition scientifique était à l’eau, et moi, la fille du chef de la mission, il ne me restait plus que mes yeux pour pleurer. Alors il a fallu négocier, argumenter ferme pour être finalement autorisés à prendre la route de l’Amérique du Sud. Papa a été génial, une fois de plus. Il a feint de donner sa démission si on ne décollait pas immédiatement, il a demandé à parler au Ministre, il a dit qu’il connaissait le Président Sarkozy en personne… Un magnifique chantage ! Et ça a marché. Nous avons obtenu l’accord, et nous avons filé avant que le Quai d’Orsay ne se rende compte de tous ses mensonges. Mon père n’est jamais aussi crédible que lorsqu’il ment. Etrange, non ? Mardi 12 février
Nous nous sommes installés à l’hôtel hier soir en arrivant. Un
scientifique brésilien du nom de Pedro est venu nous accueillir à
l’aéroport de Belém. Nous avons immédiatement eu droit à une noix de coco
en cadeau. Il paraît que c’est une coutume locale, et je trouve ça bien
rigolo. Ce Pedro a longuement parlé avec mon père et avec les autres
scientifiques. Je me suis éclipsée pour aller dormir, et c’est alors que
je suis tombée sur un garçon de l’équipe que je n’avais pas encore
remarqué. Il a à peu près mon âge, et il traînait en pyjama dans les
couloirs de l’hôtel en se faisant passer pour un anglais. Il parlait tout
haut en disant n’importe quoi avec un accent "so british", une fausse
cigarette aux lèvres, en marmonnant façon shamallow : Mercredi 13 février
Toute l’équipe est au travail : prélèvement d’échantillons de plantes,
analyses diverses. Lucy est ici comme un poisson dans l’eau : elle cueille
à tout va, et envoie par mail les résultats de ses analyses à un
laboratoire français. Jeudi 14 février
J’ai appris que Chris parlait très bien le portugais et l’espagnol. Il m’a
proposé de traduire pour moi les paroles de Pedro. J’ai enfin compris quel
était le rôle de Pedro dans l’équipe : il est scientifique spécialiste des
plantes tropicales. Pedro est adorable, toujours de bonne humeur et
prévenant. Il est à l’aise avec nous, et lorsque "Mister l’Agent secret"
lui raconte ses histoires invraisemblables, il est toujours prêt à rire.
Je crois que ce voyage va beaucoup me plaire. Vendredi 15 février
Après une nouvelle réunion houleuse, papa a décidé de remonter plus vite
que prévu le fleuve Amazone. C’est dommage, car l’endroit me plaît
beaucoup. Belém est une ville magnifique faite à la fois de richesse, de
modernité et de grande pauvreté. La population y est très accueillante.
Lucy a tenté de convaincre papa que nous devrions rester encore un peu car
elle n’a toujours pas terminé ses analyses, mais en vain. Papa paraissait
contrarié, je ne l’avais jamais vu aussi soucieux. Lundi 25 février
Après un voyage plat et lent comme j’en ai rarement vécu, nous sommes
arrivés à Manaus. Enfin autre chose que de l’eau à se mettre sous les yeux
! La ville est très grande, et nous décidons, sur les conseils de Pedro,
d’installer un campement dans la forêt. Mardi 26 février
Chris est contrarié, et on dirait qu’il me fait la tête. Quel crétin ce
garçon, comme tous les garçons d’ailleurs ! Il a fait la tête toute la
journée, alors après le dîner je lui ai dit d’un ton ironique : Vendredi 29 février
Papa a un comportement étrange ces jours-ci. Il téléphone souvent, et
parle un langage incompréhensible en prononçant souvent le mot "noix de
coco". Quelle mouche l’a piqué ? Dimanche 2 mars Ce matin à l’aube, une noix de coco avec une paille a été déposée en cadeau devant la tente de papa, qui s’est empressé de la boire. Au fond, se trouvait un message de menace, en guise d’avertissement : "Si tu ne fais pas ce qui était prévu…" Quelqu’un a-t-il vraiment voulu menacer papa ? Je ne peux pas le croire. Papa assure que c’est juste un jeu macabre, une sorte de rituel de bienvenue de la part des habitants de la forêt. J’en doute. Il se passe décidément des choses étranges ici. Jeudi 6 mars
Chris et Lucy ont disparu ! Nous les avons cherchés partout. Nous avons
fouillé tout le campement, et aucune trace d’eux. Nous sommes bouleversés,
et Pedro nous aide à les rechercher. Il semble affolé lui aussi. Il est
vraiment très serviable ce Pedro. Samedi 8 mars Toujours aucune nouvelle : seraient-ils retenus en otage par la guérilla ? Nous avons prévenu la police, même si Pedro ne voulait pas. Il a beaucoup insisté pour que nous ne le fassions pas : selon lui, la police est de mèche avec les trafiquants de cocaïne. Et les champs de coca ne sont pas très loin du campement. Papa a tout de même décidé de prévenir les autorités brésiliennes. Dimanche 9 mars
Pedro a eu des nouvelles : Chris et Lucy ne seraient pas retenus
prisonniers, mais ils se reposeraient après s’être perdus dans la forêt. Lundi 10 mars Chris s’est excusé et il assure qu’il m’aime bien. Mouais… je reste méfiante. Mais il est tout de même très beau. Et ce sourire craquant… Pour lui je remonterais l’Amazone à la nage, même au milieu des piranhas, s’il le fallait ! Mais je ne dois surtout pas le lui dire. Je continue de lui résister. Je me venge, c’est tout ! Mercredi 12 mars Le père de Chris a découvert qu’on a volé ses bobines de caméra. Pourquoi ? En tout cas, Pedro l’a aidé toute la journée à les chercher. Il est vraiment dévoué ce Pedro, c’est une perle d’homme. Nous avons de la chance de l’avoir avec nous. Vendredi 14 mars
Papa est tombé très malade après le petit déjeuner. Pedro l’a guéri
immédiatement. Il est vraiment adorable ce Pedro. Je le trouve vraiment
très gentil avec nous tous. Il nous a fait des cadeaux. J’ai tout de suite
compris que c’était quelqu’un sur qui on pouvait compter, un guide hors
pair de l’Amazonie. Samedi 29 mars Après un voyage long et difficile qui a fatigué toute l’équipe, nous sommes arrivés à Puno. Nous avons installé le campement, puis nous nous sommes éclipsés Lucy, Chris et moi. En nous promenant, nous avons rencontré Chico, un vieil orpailleur, sur les bords du lac Titicaca. Il vit dans une vieille baraque de tôle, avec pour seul compagnon un petit singe roux, tenu en laisse. Grâce à la traduction de ce cher Chris, nous écoutons les récits enflammés de Chico. Il nous raconte certaines légendes effrayantes liées aux Incas, comme ces histoires de sacrifices humains pour honorer le Dieu Soleil. Je les imaginais plus sympathiques tout de même, ces peuples précolombiens. Dimanche 30 mars
Nous retournons rendre visite à Chico. Il nous propose de faire un tour en
barque sur le lac Titicaca. Il nous raconte son mariage, sa vie heureuse
avec son épouse, puis la mort accidentelle de celle-ci, son deuil et sa
douleur muette. Chris est très ému, et on voit bien qu’il ne traduit pas
tous les détails. Je prends quelques photos afin de garder la mémoire de
cet homme simple, généreux et chaleureux. Lui qui est si pauvre, il nous
accueille avec tendresse, alors que nous sommes des étrangers, venus de
très loin. Mercredi 2 avril
Le père de Chris a beaucoup filmé ces derniers jours, et notamment les
recherches de Pedro. Il m’a montré quelques scènes, et c’est assez
intéressant. Je commence à saisir… Il faut que j’en informe immédiatement
les autres. Jeudi 3 avril Nous étions à l’abri chez Chico, le vieil orpailleur, quand Pedro et d’autres hommes ont débarqué pour nous tuer Chris, Lucy et moi. Ils ont voulu nous noyer dans le lac Titicaca. Et nous avons été sauvés par… Noix de coco. Noix de coco, c’est le nom du singe de Chico, un petit singe dont le pelage est de couleur brune, comme ces fruits. Il a assommé nos ennemis en leur lançant des noix de coco. Chico nous a expliqué que Pedro était en réalité un trafiquant de drogue recherché par la police brésilienne depuis longtemps, et qu’il tuait toujours les personnes qu’il attrapait. Toujours, ou presque… car avec nous il est tombé sur une sacrée… noix de coco. Vendredi 4 avril
Papa nous a raconté toute l’affaire : il avait conclu un accord avec Pedro
pour qu’il finance son expédition, mais celui-ci n’avait pas dit qu’il
s’agissait de drogue. Pedro avait prétendu avoir récolté des fonds auprès
du Ministère brésilien de la Recherche scientifique. Mais dès l’arrivée à
Belém, il a obligé papa à transporter de la cocaïne. Voilà qui explique le
comportement parfois étrange de papa. Ils avaient élaboré un code secret :
chaque fois que Pedro et papa voulaient parler de drogue c'est-à-dire de
coca, ils disaient "noix de coco", ce qui rendait la conversation
incompréhensible pour ceux qui l’entendaient par hasard. Quant à Pedro,
lui qui paraissait si gentil et si dévoué, il a très bien caché son jeu :
nous n’y avons vu que du feu ! Dimanche 6 avril
Nous sommes arrivés à Lima, fin du voyage. Comme prévu, nous livrons à la
police Pedro, le plus célèbre des trafiquants de coca.
FIN Carnet de voyage de la classe de 4ème A du collège Jehan Froissart (Quiévrechain) |